Ernest Pignon Ernest chez lui, à Nice

©EPE+Extase+St+Pons

Dans ces dessins renversants les corps semblent se diluer, précipités dans le vide ou contorsionnés, désarticulés dans l’inconfort des tensions. Une façon de dire l’humanité échouée dan un océan d’indifférence? Non, pas vraiment. Il s’agit des « extases » des grandes mystiques de la chrétienté vues par Ernest Pignon-Ernest, un artiste fasciné par tous les ressorts de la souffrance et du désir. Celui de ces figures étranges et exaltées, les fiancées du Christ, est pétri d’excès et de retenue, de flammes et de contention. « Elles ruissellent » nous dit l’artiste qui a aménagé à leurs pieds un plan d’eau où les corps se mirent en même temps que l’architecture baroque du lieu. L’abbaye de Saint-Pons sert en effet d’écrin à cette sublime mise en scène. L’ensemble est le fruit de centaines de dessins préparatoires réalisés sur plusieurs années avec pour modèle Bernice Coppieters, danseuse-étoile des Ballets de Monte-Carlo.

Les pages elles-mêmes, pliées ou écornées, souples et maquillées de volutes, semblent signifier qu’une histoire nouvelle est en train de s’écrire ici. Car Ernest, qui n’est pas croyant, étudie la symbolique, traque les anecdotes, relit à sa façon les épisodes d’une vie. Ce qu’il fait pour des prisonniers ou des déportés, pour des héros politiques ou des laissés pour compte, pour des hommes simples ou puissants, il le met en œuvre pour ces femmes considérées comme saintes ou comme folles. IMG_2275

Au Mamac de Nice une vaste rétrospective permet de suivre Ernest Pignon-Ernest dans ses pérégrinations thématiques et géographiques. « Au début il y a un lieu, un lieu de vie sur lequel je souhaite travailler. J’essaie d’en comprendre, d’en saisir à la fois tout ce qui s’y voit: l’espace, la lumière,les couleurs… et, dans le même mouvement ce qui ne se voit pas, ne se voit plus: l’histoire, les souvenirs enfouis, la charge symbolique… ». Pionnier de l’art urbain, Ernest, armé de pinceaux, de colle, de dessins au fusain ou à la pierre noire, se promène, choisit et intervient. A Paris, à Rome, à Naples, à Soweto pour imprimer sur les murs une Pietà sud-africaine ou sur le port de Brest pour retracer le parcours de Jean Genet. Dans tous les cas il ose tout, se confronte à la réalité du moment mais poursuit son chemin extraordinairement dynamique et serein. Car la virtuosité et le charisme de ses dessins abattent toutes les frontières. C’est la magie de l’art.

Jusqu’au 8 janvier 2017. MAMAC. Nice

Jusqu’au 10 octobre 2016. Eglise abbatiale de Saint-Pons. Nice

pd

EPE

Quentin Spohn, superbe surprise au Dojo

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Attention, coup de cœur! En pénétrant au Dojo, studio de création et de design graphique basé dans le quartier du port, à  Nice, et connu pour ses initiatives en matière d’art contemporain, je ne pensais pas ressentir un tel choc. La fresque murale réalisée par Quentin Spohn nous emmène loin, très loin, à l’image de ces rails lumineux enrichis de volutes et perdus dans une sorte de brume évanescente (voir ci-dessus).

Les murs sont couverts de tableaux étonnants dessinés à la pierre noire. C’est ainsi qu’œuvraient les peintres de la Renaissance pour réaliser leurs esquisses avant de les recouvrir de peinture. Quentin Spohn multiplie les allusions, agrège les références tout en suivant son chemin, un chemin singulier. Il se déclare à la fois admiratif des fresquistes mexicains et de peintres figuratifs comme Otto Dix ou Max Beckmann qui employaient parfois pour leurs œuvres la forme du triptyque.

Le résultat est bluffant. La virtuosité du trait, l’humour de certaines figures, la densité de la matière et l’économie de couleurs transmuent ces exercices de style sur les murs d’un vaste espace peuplé de chercheurs et d’ordinateurs en véritables œuvres d’art. Portraits, scènes de genre ou paysages surréalistes… On ne peut que se féliciter de cette « résidence » qui permit à un artiste plein de ressources et d’imagination de travailler in situ en ce lieu voué à la création.

QuentinSpohnDojo4©MichelCoen

Jusqu’au 30 août. « Restitution d’une résidence au Dojo » par Quentin Spohn. 22 Bis Bd Stalingrad. Nice

L’UMAM s’expose et explose Menton

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70 ans, un sacré anniversaire décidément qui se fête tout au long de l’année! L’UMAM (Union méditerranéenne pour l’art moderne) continue ses exploits et investit cette fois une ville entière ou presque. Menton se distingue et affirme haut et fort sa volonté de renouer avec l’art vivant. Sous l’impulsion de Simone Dibo-Cohen les espaces verts devant le musée Cocteau, les jardins Boviès et le palais Carnolès accueillent des sculptures qui explosent le paysage urbain. Comme cette barque de migrants , œuvre du collectif KKF, qui semble vouloir gagne la mer toute proche et qui, clouée sur la pelouse attend un avenir meilleur. Comme ce gorille signé Bombardieri qui interroge le sort de la planète et des animaux qui la peuplent. Comme cette superbe vague de Jérôme Leyre menaçante, faisant écho aux risques de tsunami. Comme cette foule signée Myrian Klein, perdue, bigarrée et dense dans sa diversité qui se fait une place parmi nous.

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L’actualité et la réflexion qu’elle suscite sont omniprésentes dans cette exposition vaste et multiple. Helena Krajewicz et Rob Rowllands proposent une vidéo saisissante sur la guerre et ses ravages. Installation qui accède, malgré elle à une rare esthétique. On ne peut citer tous les artistes participant à cette grande manifestation. Il faut aller à Menton, se promener, découvrir et rêver. Car les artistes, c’est plus vrai que jamais, nous aident à vivre.

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Jusqu’au 28 septembre. Dans les jardins de Menton et au Palais Carnolès.

 

 

 

 

Christo chez Maeght: Liberté, j’écris ton nom…

Christo - FM - 05.jpgSur la mer ou dans le sable, au-dessus des rivières ou sur les ponts, dans l’espace et la lumière, partout et nulle part c’est à dire dans l’immensité de tous les possibles, il écrit son nom. Christo a fait de la liberté son emblème, sa marque de fabrique, son aura.

Après avoir empaqueté le Pont-neuf à Paris ou le Reichstag à Berlin, après avoir promené 1340 parasols bleus à Ibaraki au Japon et 1760 parasols jaunes en Californie, après avoir entouré de tissu rose fluo les onze îles de Biscayne Bay, à Miami, voici Christo à la fondation Maeght avec un colossal mastaba qui n’est pourtant qu’une miniature en regard de la plus grande sculpture du monde qu’il compte installer en plein désert à Abu Dhabi.Il nous le disait il y a trois ans: « Je veux fabriquer la Rolls Royce du baril » (voir ci-dessous article paru le 28 juillet 2013 dans « Nice-Matin). Ce projet titanesque naquit en 1973. Mais pour Christo et Jeanne-Claude, disparue il y a quelques années mais toujours associée aux grandes œuvres du couple, il a toujours fallu des décennies pour aboutir à des réalisations hors normes.

Christo - FM - 14.jpgMais ce mastaba, c’est vraiment le projet de toute une vie et, contrairement aux autres œuvres dont l’essence est le sentiment de l’éphémère, cette sculpture qui sera haute de 150 mètres vise l’éternité.

« Chaque projet a son histoire et mûrit durant de longues années alors qu’il est interdit. En cinquante ans, vingt-deux ont été réalisés mais certains ont été refusés. Moi, j’adore l’espace physiquement. J’éprouve un plaisir viscéral à vivre le vrai froid, le vrai chaud, la pluie. Je n’ai ni voiture, ni téléphone, ni ordinateur, ni… assistants. Je déteste les idées représentées car je veux des actes et je fais tout moi-même. Tous les dessins sont de ma main, même les encadrements ».

Le mastaba de la Fondation surprend, dérange, décoiffe. Lorsque j’ai pénétré en ce lieu magique j’ai éprouvé un sentiment étrange. Du bleu, du rouge, de l’orangé agressif dans cette cour où l’on a si souvent côtoyé les silhouettes tiges de Giacometti. Ces êtres beckettiens de bronze et d’angoisse pétrifiés, ces hommes en marche pourtant vers une espèce de no man’s land. Les barils sont reçus comme un coup de poing. Et pourtant…  Il faut simplement une acclimatation comme lorsqu’on gagne précisément le désert nu pour réaliser qu’il s’agit d’une chance. Voir la Fondation, ses salles, ses pins, son labyrinthe, son horizon d’une façon neuve. Dans la parfaite ligne d’Aimé et Marguerite Maeght, aujourd’hui relayés par Adrien Maeght et Olivier Kaeppelin. Car rien n’est figé ici. Tout est en devenir. L’élan vital de la création épouse le chant des cigales. Toujours le même et toujours différent.

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Christo et Jeanne Claude. Jusqu’au 27 novembre. Fondation Maeght. 623 chemin des Gardettes. Saint-Paul de Vence. www;fondation-maeght.com

CHRISTO 28 JUILLET 2013

Jean Von Luger sème ses poussières de rêve chez Helenbeck

FullSizeRender 2Des jets de lumière, de vaporeux nuages qui dansent bizarrement sur des toiles que l’on croirait froissées. Tout l’art de Jean Von Luger, qui expose chez Chantal Helenbeck, à Nice, tient dans un parti pris distancié, vaporiser à une certaine distance des pigments gris sur le lin qui s’en trouve bouleversé. Car ces projections, ponctuées par endroits de petites tâches de peinture noire, caressent l’aléatoire et suscitent le rêve.

« Dust over dust ». De la poussière sur la poussière comme pour brouiller les pistes, battre les cartes de la pensée, éloigner les certitudes. On ne sait comment ce jeune artiste que la commissaire d’exposition, Camille Frasca, qualifie de « peintre du refus créateur » parvient à nous toucher jusqu’à avoir envie de rester face à ses toiles. En contemplation, l’esprit en lévitation, calme, ouvert.

Je ne sais comment aussi me sont revenus en mémoire des vers de Stéphane Mallarmé qui parle de parfums volatiles et d’art subtil , de hasard et d’absolu. Et devant un petit format où apparaît la mine discrète de ce qui pourrait être une tulipe noire je songe à cette « Triste fleur qui croît seule et n’a d’autre émoi Que son ombre dans l’eau vue avec atonie ».

On peut se réjouir de cette première exposition française pour cet artiste originaire de Strasbourg qui a déjà exposé à plusieurs reprises en Allemagne et aux Etats-Unis. A découvrir.

« Dust over dust ». Jean Von Luger. Jusqu’au 18 juin. Galerie Helenbeck. 6 rue Defly. Nice. Tel 04.93.54.22.82  chantal@helenbeck.fr

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Birmanie, terre d’ouverture

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Quelque chose s’est passé là-bas, au bout du monde. Impalpable sur l’instant, déroutant, énigmatique. Comme si le contact avec cette population, contact si facile, si serein malgré les barrières linguistiques, laissait des traces qui ne fleurissent que des semaines plus tard, lorsque le voyage a en quelque sorte été assimilé par le cerveau et le cœur.

La Birmanie est une terre étrange qui entrevoit à peine le sursaut d’une liberté toute neuve.  Surnommée « The Lady », Aung San Suu Kyi, l’héroïne Prix Nobel, est aujourd’hui Porte-parole du Président.  Sa nomination est intervenue alors que j’étais là-bas. Des sourires ont empli les rues, les visages se sont illuminés.

Cet espoir d’ouverture colle si bien à la personnalité des Birmans que l’on a peine à imaginer le joug subi durant des années. Voici un peuple bigarré, composé d’une quantité de tribus, mêlant bouddhisme et animisme, prière fervente et superstition, respect et adoration. L’immense plaine de Bagan où une multitude de temples (près de 3000 dont certains en ruine) se dorent au couchant d’une lumière irréelle suffirait à elle seule à justifier la visite de ce pays plus grand que la France. Paysage unique, apaisante malgré une chaleur de plomb, inoubliable.

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P1100330Ici coule l’Irrawaddy où il fait bon voguer à bord d’une embarcation aléatoire pour attendre le crépuscule et voir les reflets argent se mêler aux sables et aux alluvions. Un spectacle paisible, prenant, onirique. Lorsqu’on retourne sur la rive, une vie trépidante secoue les neurones. Les bateliers sont là, nombreux, à attendre les touristes pour proposer une périple inattendu et hasardeux  mais singulièrement bienveillant. Avec une petite tasse de thé et quelques gourmandises birmanes,  bonbons acidulés et croustillants.IMG_1764.jpg

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L’eau, omniprésente, bienfaitrice et vénérée. L’eau du lac Inle, à quelques encablures de Kalaw, station climatique du pays swan, c’est l’or bleu pour des populations qui ont du s’adapter, construire leurs maisons sur pilotis et aménager des potagers flottants où les sangsues tâchent de vermillon les plants de tomates. Un paradis bruyant à cause du ballet incessant des pirogues à moteur. Une terre magique avec la possibilité de fuir le brouhaha en s’aventurant sur les canaux permettant de gagner des endroits improbables, des villages encore peu fréquentés par les touristes, des temples qui se méritent au bout d’une ascension assez raide. Il est bon d’être seul et de choisir des voyages faisant une large place à l’initiative individuelle. Pour ce faire je conseille un organisme respectueux de l’environnement et de l’humain. « Terre Voyages » opte pour le sur-mesure et promeut un tourisme responsable et éthique.

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Il s’agit ici pour moi de livrer quelques impressions, de partager des émotions, des expériences. Loin de la volonté de décrire toutes les curiosités à découvrir dans ce pays en partie encore méconnu. Bien-sûr les pagodes uniques au monde, les bouddhas couchés, assis, debout, certains défigurés par les milliers de feuilles d’or les ayant recouverts,. Bien-sûr des forêts luxuriantes, la jungle, le paradis des oiseaux, les éléphants, les singes qui vous sautent dessus lors de la visite du mont Popa, sanctuaire des esprits. Bien-sûr des marchés aux couleurs brûlantes, des petits vendeurs bouleversants, des moines auxquels chacun tend une poignée de riz, des jeunes femmes éblouissantes. Mais il y a aussi un « je ne sais quoi » qui chavire l’âme. A chacun, de le ressentir, ou pas… Le choc est grand au retour, lorsqu’on atterrit à Bangkok ou à Roissy.IMG_1552 (1).jpg

P1120775Une petite anecdote

Au centre de Kalaw, à deux pas d’un marché invraisemblable, coloré, à vif, une porte entrouverte et quelques notes de musique. Je risque une petite intrusion. A peine aperçue, me voici invitée avec sourires, chaleur, empressement. Il y a un mariage. Entre une ravissante jeune femme bouddhiste et un fringant jeune homme musulman. Ils sont  beaux, ils sont heureux, ils sont accueillants. Nous buvons le thé, nous mangeons des pâtisseries et nous sommes sous le charme d’un monde ouvert, tolérant, bienveillant.

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Pour votre voyage en Birmanie: Terre Voyages, 28 Bd de la Bastille 
75012 Paris
+33 (0) 1 44 32 12 86 www.terre-voyages.com

Pour votre vol au départ de Paris: Thai Airways. Un vol sur Bangkok à bord de l’appareil le plus silencieux du monde, l’A380. La compagnie assure plusieurs correspondances vers Yangon ou Mandalay, en Birmanie. www.thaiairways.com

Les mots lumière d’Henri Maldiney à la Fondation Maeght

IMG_2108Je le savais, la Fondation, une fois de plus, allait balayer les idées grises, la foultitude des « A quoi bon? » , les peurs et les doutes. Car en ce lieu où nous sommes nombreux à avoir grandi du côté de l’esprit et de l’émotion se passe toujours quelque chose d’impalpable et d’unique. Hier soir « L’art et l’être » ont été déclinés avec les mots du philosophe Henri Maldiney. Des mots superbement égrenés par les comédiens de l’ERAC, dirigés par Frédéric Grosche, qui ont déambulé dans le labyrinthe Miro, dans les salles et jardins et mis en lumière par leur présence ces mots du penseur: « Si le sens prend corps dans la parole, il se fait chair dans la voix ».

La soirée s’est ouverte sur les propos de Malraux soulignant lors de son inauguration le caractère inventif, à part, hors des chemins, de cette Fondation qui est beaucoup plus qu’un musée. Puis, avec en fond de tableau la gigantesque construction de Christo qui exposera dès le mois prochain son « Mastaba », les phrases  du penseur de l’art et de l’être nous ont promenés parmi les œuvres.

« Une œuvre d’art n’est pas un objet, elle existe. Son existence ne consiste pas à se mettre en vue mais à donner à voir et à être. L’art n’est pas un objet de représentation. Il est une forme de présence ». Et cette présence initie une autre façon d’être au monde, donne des clés pour fuir l’abject. Comme l’a dit Olivier Kaeppelin, directeur de la Fondation « L’art est, aujourd’hui, absolument nécessaire. A la peur des catastrophes, de l’arrêt de mort, l’Art, sous toutes ses formes, répond par l’échappée, par le mouvement, une forme de vie et de plaisir ».

Cette soirée organisée par la Société des amis de la fondation, à l’initiative d’Aurore Busser, grande amie des arts et des lettres, a permis d’entendre le merveilleux violoniste Daniel Lagarde. Des partitions de Jean-Sébastien Bach. Le cristal des notes dans l’atmosphère crépusculaire d’un parc boisé et inspiré. Le point d’orgue d’une soirée lumineuse.

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Birmanie, terre d’ouverture

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Quelque chose s’est passé là-bas, au bout du monde. Impalpable sur l’instant, déroutant, énigmatique. Comme si le contact avec cette population, contact si facile, si serein malgré les barrières linguistiques, laissait des traces qui ne fleurissent que des semaines plus tard, lorsque le voyage a en quelque sorte été assimilé par le cerveau et le cœur.

La Birmanie est une terre étrange qui entrevoit à peine le sursaut d’une liberté toute neuve.  Surnommée « The Lady », Aung San Suu Kyi, l’héroïne Prix Nobel, est aujourd’hui Porte-parole du Président.  Sa nomination est intervenue alors que j’étais là-bas. Des sourires ont empli les rues, les visages se sont illuminés.

Cet espoir d’ouverture colle si bien à la personnalité des Birmans que l’on a peine à imaginer le joug subi durant des années. Voici un peuple bigarré, composé d’une quantité de tribus, mêlant bouddhisme et animisme, prière fervente et superstition, respect et adoration. L’immense plaine de Bagan où une multitude de temples (près de 3000 dont certains en ruine) se dorent au couchant d’une lumière irréelle suffirait à elle seule à justifier la visite de ce pays plus grand que la France. Paysage unique, apaisante malgré une chaleur de plomb, inoubliable.

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P1100330Ici coule l’Irrawaddy où il fait bon voguer à bord d’une embarcation aléatoire pour attendre le crépuscule et voir les reflets argent se mêler aux sables et aux alluvions. Un spectacle paisible, prenant, onirique. Lorsqu’on retourne sur la rive, une vie trépidante secoue les neurones. Les bateliers sont là, nombreux, à attendre les touristes pour proposer une périple inattendu et hasardeux  mais singulièrement bienveillant. Avec une petite tasse de thé et quelques gourmandises birmanes,  bonbons acidulés et croustillants.IMG_1764.jpg

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L’eau, omniprésente, bienfaitrice et vénérée. L’eau du lac Inle, à quelques encablures de Kalaw, station climatique du pays swan, c’est l’or bleu pour des populations qui ont du s’adapter, construire leurs maisons sur pilotis et aménager des potagers flottants où les sangsues tâchent de vermillon les plants de tomates. Un paradis bruyant à cause du ballet incessant des pirogues à moteur. Une terre magique avec la possibilité de fuir le brouhaha en s’aventurant sur les canaux permettant de gagner des endroits improbables, des villages encore peu fréquentés par les touristes, des temples qui se méritent au bout d’une ascension assez raide. Il est bon d’être seul et de choisir des voyages faisant une large place à l’initiative individuelle. Pour ce faire je conseille un organisme respectueux de l’environnement et de l’humain. « Terre Voyages » opte pour le sur-mesure et promeut un tourisme responsable et éthique.

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Il s’agit ici pour moi de livrer quelques impressions, de partager des émotions, des expériences. Loin de la volonté de décrire toutes les curiosités à découvrir dans ce pays en partie encore méconnu. Bien-sûr les pagodes uniques au monde, les bouddhas couchés, assis, debout, certains défigurés par les milliers de feuilles d’or les ayant recouverts,. Bien-sûr des forêts luxuriantes, la jungle, le paradis des oiseaux, les éléphants, les singes qui vous sautent dessus lors de la visite du mont Popa, sanctuaire des esprits. Bien-sûr des marchés aux couleurs brûlantes, des petits vendeurs bouleversants, des moines auxquels chacun tend une poignée de riz, des jeunes femmes éblouissantes. Mais il y a aussi un « je ne sais quoi » qui chavire l’âme. A chacun, de le ressentir, ou pas… Le choc est grand au retour, lorsqu’on atterrit à Bangkok ou à Roissy.IMG_1552 (1).jpg

P1120775Une petite anecdote

Au centre de Kalaw, à deux pas d’un marché invraisemblable, coloré, à vif, une porte entrouverte et quelques notes de musique. Je risque une petite intrusion. A peine aperçue, me voici invitée avec sourires, chaleur, empressement. Il y a un mariage. Entre une ravissante jeune femme bouddhiste et un fringant jeune homme musulman. Ils sont  beaux, ils sont heureux, ils sont accueillants. Nous buvons le thé, nous mangeons des pâtisseries et nous sommes sous le charme d’un monde ouvert, tolérant, bienveillant.

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Pour votre voyage en Birmanie: Terre Voyages, 28 Bd de la Bastille 
75012 Paris
+33 (0) 1 44 32 12 86 www.terre-voyages.com

Pour votre vol au départ de Paris: Thai Airways. Un vol sur Bangkok à bord de l’appareil le plus silencieux du monde, l’A380. La compagnie assure plusieurs correspondances vers Yangon ou Mandalay, en Birmanie. www.thaiairways.com

 

Philippe Fenwick en marche vers le rêve russe au TNN

Transsibérien je suis Benoit Fortyre (5)Il n’en finit plus, il dépasse. L’homme s’étire comme une tige vers le ciel ou plutôt vers les cintres du théâtre. Une silhouette en marche, un comédien à fleur de peau, inspiré, tremblant, vivant. Philippe Fenwick nous fait partager son rêve russe au Théâtre national de Nice. Il nous embarque dans cette histoire qui, de Brest à Vladivostok, conte les espoirs, les  déboires, les joies et les chagrins d’un poète fou. Fou de musique et d’utopie.

« Transsibérien je suis » ou bien je ne suis rien tant il est vrai que la mémoire est têtue. Philippe Fenwick a quelque chose à voir, à régler, avec la Russie. Ce spectacle donne à voir un écheveau dont notre imaginaire doit tirer les fils pour suivre le chemin, son chemin. Les images se bousculent, les paroles s’entrecroisent. Un régal lorsque les corps deviennent instruments de musique, lorsque les numéros de voltige soulignent la difficulté d’être, d’exister au paradis des saltimbanques, en Dramatie.

On songe à Giacometti en voyant cet éternel adolescent longiligne perdu dans un no man’s land qui symbolise les arcanes de l’administration. Parcours non fléché vers des subventions aléatoires, rendez-vous manqués, déceptions, colères rentrées. Il ne parviendra sans doute pas à gagner Vladivostok ce chanteur transformiste, cet artiste de cabaret aux allures de clown triste mais il nous aura fait voyager le temps d’une représentation vibrante, acidulée et poivrée. En compagnie d’une troupe singulièrement talentueuse.

A l’affiche jusqu’à samedi soir. A ne pas manquer.

« Transsibérien je suis faut-il à tout prix réaliser ses rêves?« . De et avec Philippe Fenwick. Jusqu’au 30 avril. Théâtre National de Nice. Salle Pierre Brasseur. Tél. 04 93 13 90 90 

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Martin Gray, la mémoire incarnée

UnknownIl y a finalement assez peu de rencontres marquantes dans une vie de journaliste. L’après-midi que j’ai passé en compagnie de Martin Gray il y a deux ans chez lui, dans son mas de Biot, fait partie de ces moments d’exception inscrits dans la mémoire et dans la chair. Car l’homme était vif, étonnant, exemplaire. Je parle de chair pour dire combien les mots qu’il m’a confiés ce jour-là sont allés au-delà d’une interview de routine. Approcher un tel personnage, a fortiori lorsque son histoire fait écho à la vôtre, laisse forcément des traces. Je dirais plutôt des sillons, des coulées de sang imaginaires que l’on a envie de suivre jusqu’à l’origine du mal afin de tenter de remonter le cours de la vie arrachée à ceux que l’on aurait aimés si l’on avait pu les connaître.

« Au nom de tous les miens », ce titre résonne, fait battre les tempes, emballe le cœur. Oui, les siens, les miens, ces ombres grises tombées dans l’indifférence du temps qui passe, ce passé innommable qu’il faut pourtant bien tenter de nommer pour que la Mémoire soit sauvée. Question d’honneur pour ces victimes sans sépulture, question de survie pour leurs descendants, question politique car dans le passé se forge le présent. « L’an prochain à Jérusalem » murmuraient certains  en entrant dans les chambres à gaz. Enfants alors cachés, quelques-uns de leurs descendants sont aujourd’hui à Jérusalem.

Je n’oublierai jamais donc cet homme âgé, beau, droit comme un i, qui venait d’ériger dans son jardin un monument en hommage aux victimes de la Shoah. Chaque pierre courbait son dos fragilisé par les ans mais la tâche transcendait les courbatures. Martin Gray m’a donné ce jour-là une leçon de vie. Il m’a offert la possibilité de se souvenir sans perdre la raison. D’œuvrer pour la Mémoire. Lui qui, après l’horreur nazie, a vécu le drame du Tanneron. Aujourd’hui il a rejoint les « siens » et il va nous manquer.

A1-6445198 - copie

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