Voyage à Nantes à peine aperçu, coup de cœur absolu

Il suffit parfois de presque rien, d’un sourire, de murmures incertains, d’une main tendue pour déclencher un coup de foudre. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour les lieux, les villes, les communautés? J’ai à peine entrevu Nantes, son jardin des plantes, ses ruelles, sa cathédrale et rencontré, par hasard, quelques témoignages du temps présent. Œuvres d’artistes contemporains ayant aiguisé leur regard pour dire la nécessité de revoir les choses, d’embellir le quotidien pour combattre le mal de vivre. Curieux « Voyage à Nantes » que cette cité nous offre au hasard de déambulations qui deviennent théâtre vivant inscrit dans la pierre. Paradoxe? Non, vitalité décordante. Une « jungle intérieure », signée Evor, vient modifier le paysage urbain. Les façades, placées dans un écrin de plantes, deviennent scène pour un parcours végétal invraisemblable. Un autre mur, vestige médiéval de constructions remarquables, est devenu pour Flora Moscovici support pour dire « Le temps entre les pierres ». Mélange d’eau, de chaux et de pigments pour des traces d’or qui, peu à peu, s’effaceront avec notre mémoire. Un « voyage à Nantes » bien trop court pour moi et le désir violent de revenir, de réfléchir, d’explorer une ville énigmatique tant elle vibre sans le dire.

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Arman au Musée de Vence pour un nouvel état des choses

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A sa façon, mâtinée de poésie et d’idéologie, Arman militait pour l’objet. Cet objet qu’il chérissait, dont il percevait l’esthétique à travers son utilité. IL estimait qu’il devait être chéri, réparé, conservé. C’était son « parti pris des choses » à lui dans le sillage du poète Francis Ponge. Une manière, avant l’heure, de lutter contre les excès de la société d’hyper-consommation et son obsolescence programmée.

La nouvelle exposition que consacre au  maître du Nouveau Réalisme le Musée de Vence met judicieusement en exergue cette philosophie qui, sans dire son nom, a guidé l’artiste plasticien dans ses choix.  « Nouvel état des choses », tel en est l’intitulé. Des « poubelles » aux légendaire « colères » destinées à tailler en pièces salons bourgeois et signes ostentatoires de richesse (à la hache comme à la galerie John Gibson ou à bord d’un bulldozer comme au MAMAC à Nice), des instruments de musique ou meubles calcinés aux accumulations d’ustensiles de cuisine, nous voilà immergés dans l’univers du sculpteur, fils de brocanteur et amoureux fou des outils ou ustensiles de toutes sortes.

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IMG_0653Celui que l’on a qualifié de « blouson noir de l’art contemporain » a célébré aussi un piano détruit, épave d’un naufrage imaginaire. Cet « accord parfait » installé sur le parvis du Musée de Vence est un heureux prélude à la visite de l’exposition. « Incarnant le projet de l’artiste d’une « archéologie du futur » Accord Parfait fait l’éloge suprême du rebut, en transformant des débris en trésor archéologique » dit Jérôme Neutres, commissaire de l’exposition. Dans le même esprit, la série « Atlantis », en référence à l’île mythique disparue, met en scène des pièces en bronze dotées d’une patine spéciale qui leur donne l’aspect d’épaves archéologiques repêchés dans les fonds marins. Une salle, dont l’agencement est particulièrement réussi, célèbre cette étape majeure dans le parcours d’Arman. Et l’on reste songeur devant l’acuité d’un propos qui, avant que chacun n’en soit convaincu, dénonçait dès les années soixante les excès d’une civilisation qui perd son être pour tomber dans l’accumulation des avoirs.

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Jusqu’au 15 décembre. Musée de Vence. 2 place du Frêne

 

 

 

 

 

 

La mémoire retrouvée de Tatjana Sonjov, une œuvre qui s’inscrit dans le futur

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Bien-Sûr le propos (intelligent, percutant, émouvant). Bien-sûr la facture (habile, inventive, soignée). Mais il y a autre chose qui finalement s’impose comme un essentiel. L’émotion que l’on ressent devant l’installation de Tatjana Sonjov présentée dans le cadre majestueux de la citadelle de Villefranche-sur-Mer.

Appel à la contemplation, à la réflexion, à la communion aussi. Dans la mesure où chacun, peu ou prou, se sent forcément concerné par cette œuvre plastique qui en dit long sur la mémoire cicatricielle, le poids des générations et l’empreinte culturelle qui, à bas bruit, façonne nos vies.

Tanja a longuement réfléchi. Elle a chiné des objets insolites afin de pouvoir construire son triptyque. Des bavoirs anciens finement ouvragés ont reçu des jets de peinture noire, comme pour dire la trace des soins maternels et des exigences qui en découlent. Elle a pris soin aussi d’apporter sa marque en brodant sur l’étoffe des petites figures jaunes ou rouges, souvenirs, larmes ou regrets…

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Sa performance consistait à habiter un lieu magique, chargé d’histoire. Tanja a habillé les colonnes de draps brodés qui évoquent des familles, des générations. Elle a posé des chaussures comme des pieds qui se dévoilent pour bien affirmer qu’il s’agit ici d’une aventure humaine en marche vers un avenir certain même si sa consistance baigne dans l’incertitude. Nul ne peut rester insensible devant cette façon très personnelle d’investir un monument patrimonial. Tatjana Sonjov a beaucoup de chemin devant elle car dans son esprit de plasticienne inspirée se bousculent des tas d’idées nouvelles dont elle craint souvent qu’il ne s’agisse de redites.  Ce doute vertueux est la vraie marque du talent.

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Informations; Tatjana Sonjov 06 15 14 03 15

L’œuvre graphique de Mirò chez Maeght, une histoire d’amour

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Adrien et Isabelle Maeght (ci dessus en compagnie de la commissaire de l’exposition, Rosa Maria Malet) étaient particulièrement émus lors de la présentation à la presse de l’événement estival de la Fondation inauguré aujourd’hui. Car c’est Mirò qui est à l’honneur avec la plus importante collection privée française du « fauve catalan ». Depuis l’origine, entre Mirò et la famille Maeght il s’agit d’une histoire d’amour. L’artiste fit partie des fondateurs et marqua à jamais l’histoire de ce lieu magique avec son fabuleux labyrinthe qui serpente dans les jardins. Aujourd’hui son œuvre graphique, dont la partie essentielle fut réalisée dans l’imprimerie Arte fondée en 1964 par Adrien Maeght, ouvre les cimaises.

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Plus de 200 pièces, dont un ensemble de gouaches inédites, maquettes, affiches, gravures, lithographies originales, plaques de tirage, bons à tirer et ouvrages de bibliophilie, constituent une exposition axée sur ce travail passionnant qui utilise un nouveau vocabulaire pour dire les choses et les émotions, « Joan Mirò au delà de la peinture » 

A l’écart des modes, ignorant les courants qui poussent certains  à œuvrer « à la manière de… », Mirò a puisé l’inspiration dans les objets du quotidien, s’est laissé conduire par son instinct et a métamorphosé les formes les plus simples un peu sans le vouloir. Itinéraire fabuleux d’un artiste profondément ancré dans son temps, extraordinaire inventeur qui, tel un enfant émerveillé devant le réel qu’il découvre, laisse voguer son imaginaire sur des sentiers vierges. Mirò est un artiste très facile à reconnaître mais il est bien plus hasardeux de prétendre le connaître. Il faudrait, pour y parvenir, comme l’a noté la commissaire de l’exposition, s’aventurer sur des chemins non encore défrichés. Et pour déchiffrer son langage inédit, une visite à la Fondation, constitue une première étape, essentielle.

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« Joan Mirò au delà de la peinture ». Fondation Maeght. 633, Chemin des Gardettes, Saint-Paul-de-Vence +33 (0)4 9332 8163 info@fondation-maeght.com

« La complainte du bipo » au théâtre des Oiseaux: intelligent, émouvant, courageux

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Une leçon de vie et une leçon de théâtre. Erwan Quesnel force l’admiration tant il est vrai, péchu et subtil dans son one man show qui met en scène ses difficultés, ses errances, sa souffrance et son courage. « La complainte du bipo » c’est sa petite musique de nuit à lui (musique ici composée et jouée par l’excellent Laurent Zoppis). La mise en scène est de Cédric Garoyan.. Il ne peut s’en défaire mais il a appris à l’apprivoiser et c’est une jolie coïncidence que se spectacle ait eu lieu au Théâtre des Oiseaux.

L’oiseau vole de ses propres ailes mais parfois se cogne aux vilains poteaux des villes et sombre. Il ne supporte pas la cage qui pourtant le met à l’abri. Il se débat entre ces paradoxes mais pourtant, comme le dit la chanson « Rien ne l’empêche d’aller plus haut ».

Erwan Quesnel aimerait bien faire comme l’oiseau. Il en a les capacités. Mais la maladie le cloue au sol par moments. Alors il se met en colère, fulmine contre les camisoles chimiques et les soignants, hurle, devient délire et vociférations. Puis, comme il est extrêmement lucide et intelligent, il se calme, se réconcilie avec l’existence, accepte sans toutefois renoncer. Il ne renoncera certainement pas à sa carrière de comédien et c’est tant mieux pour nous, spectateurs. Il continuera, lui « l’intermittent de l’hôpital psychiatrique » à monter sur scène et à nous démontrer que la bipolarité n’empêche ni le talent ni la création.  Ce spectacle pourrait devenir un petit traité à l’usage des patients maniaco-dépressifs. Il évoque les phases dangereuses durant lesquelles ils se sentent les rois du monde et celles de la descente aux enfers. Alternance terrible mais que l’on peut juguler. Afin de vivre, d’aimer et de créer. Bravo Erwan! Un long chemin t’attend et peut-être pourras-tu guider dans ton sillage d’autres êtres qui pour être fragiles n’en sont pas pour autant moins géniaux.

« La complainte du bipo » de et par Erwan Quesnel. Musique de Laurent Zoppis. Mise en scène de Cédric Garoyan.

« Michel for ever » à Paris, hommage vibrant et inspiré à Michel Legrand

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Macha Meril était là. Elle a beaucoup souri et parfois ri aux éclats. Elle a aimé. Et à l’issue de la représentation elle a raconté l’histoire de ce spectacle à l’affiche du théâtre de Poche, à Paris. « Michel venait de disparaître. Ils sont venus me voir et m’ont annoncé qu’ils allaient monter un hommage en trois semaines seulement! ». Et ce fut fait. Joué avec succès au début du printemps, puis repris le 25 mai. Une salle joliment aménagée en cabaret, comble et comblée.

Quatre comédiens, à la fois chanteurs et danseurs, nous font revivre les grands moments de la vie mouvementée et de la réaction plurielle du musicien. Enthousiasme, vivacité, facéties, émotions… Pas une seconde de répit à l’image d’une carrière éblouissante qui a marqué plusieurs générations et continue à vivre dans les cœurs et les orchestres. Stéphan Druet et Daphné Tesson ont conçu un hommage vibrant et inspiré. Michel Legrand est bien là. Il nous transporte dans ses envolées rythmiques, nous éblouit par ses pirouettes symphoniques et nous insuffle l’amour, la joie, la vie.

Pour servir ces partitions nombreuses qui se bousculent, s’entrecroisent et se mêlent en un feu d’artifice éclatant deux musiciens, Benoit de Mesmay au piano et Stéphane Corbin à la contrebasse. Sur le plateau, Emmanuelle Goizé, Mathilde Hennekinne, Gaétan Borg et Sebastiàn Galeota rivalisent de punch et de talent. Un spectacle joyeux et enlevé à ne pas manquer.IMG_0568

Jusqu’au 14 juillet. Théâtre de Poche. 75 boulevard du Montparnasse. Paris. Tel 01 45 44 50 21

Evénement à Amsterdam: Tous les Rembrandt du Rijksmuseum exposés

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À l’occasion du 350e anniversaire de la mort du maître, le Rijksmuseum présente pour la première fois de son histoire une exposition rétrospective de toutes les peintures, gravures et dessins de Rembrandt, issus de sa propre collection. Un événement artistique car certaines pièces ne sont montrées qu’exceptionnellement en raison de leur fragilité, notamment leur extrême sensibilité à la lumière. Ainsi, à côté des chefs d’œuvre du peintre que chacun connaît comme « La fiance juive » ou « Le syndic de la guilde des drapiers », pouvons-nous découvrir un graphisme passionnant, étonnant et réellement moderne dans certains dessins accrochés aux cimaises jusqu’au 10 juin. Il faut donc se hâter de faire un petit tour dans cette ville magique pour ne pas passer à côté de cette opportunité unique.

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Rembrandt, malgré les ors du 17e siècle néerlandais, ne resta jamais cantonné à  la représentation de la beauté, de ses atours, de ses richesses. Sa maîtrise absolue, fabuleuse, novatrice, du clair obscur servit tout au contraire la mise en abîme de l’homme, la description des vicissitudes de la vie, l’angoisse de la mort. Ses scènes de genre campent des gens de peu, des travailleurs, une femme pensive, un vieil homme plongé dans l’obscurité mais dont une chandelle nous révèle la fascination pour la lecture.

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IMG_0426 2.jpgLa nature n’échappe pas à l’acuité du regard de Rembrandt même si le peintre, portraitiste avant tout, a réalisé peu de paysages. « Les Trois Arbres » notamment témoignent d’un graphisme époustouflant. Dans cette magnifique gravure à l’eau-forte et pointe sèche on sent la caresse du vent, on perçoit le danger d’un ciel d’orage et l’on entend le bruissement des feuilles. Toute une dramaturgie surgie de l’observation attentive d’un coin de campagne familier. De la même façon, dans chaque œuvre Rembrandt se fait conteur et photographe bien avant l’heure. Il donne à voir une histoire et ses portraits captent les rides de l’âme sous les traits du visage. Ainsi en est-il de cette femme (voir photo ci-dessous) qui, mesure la force de ses richesses, exprime le profond contentement d’être ainsi parée de perles, bijoux et dentelles. Elle ne doute de rien ou bien elle confond l’avoir et l’être, pourrait-on dire aujourd’hui. Splendide témoignage de certains aspects de la nature humaine. Rembrandt génie du graphisme, de la peinture et de l’étude de ses semblables.

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« Tout Rembrandt ». Jusqu’au 10 juin. Rijksmuseum. Amsterdam