« La complainte du bipo » au théâtre des Oiseaux: intelligent, émouvant, courageux

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Une leçon de vie et une leçon de théâtre. Erwan Quesnel force l’admiration tant il est vrai, péchu et subtil dans son one man show qui met en scène ses difficultés, ses errances, sa souffrance et son courage. « La complainte du bipo » c’est sa petite musique de nuit à lui (musique ici composée et jouée par l’excellent Laurent Zoppis). La mise en scène est de Cédric Garoyan.. Il ne peut s’en défaire mais il a appris à l’apprivoiser et c’est une jolie coïncidence que se spectacle ait eu lieu au Théâtre des Oiseaux.

L’oiseau vole de ses propres ailes mais parfois se cogne aux vilains poteaux des villes et sombre. Il ne supporte pas la cage qui pourtant le met à l’abri. Il se débat entre ces paradoxes mais pourtant, comme le dit la chanson « Rien ne l’empêche d’aller plus haut ».

Erwan Quesnel aimerait bien faire comme l’oiseau. Il en a les capacités. Mais la maladie le cloue au sol par moments. Alors il se met en colère, fulmine contre les camisoles chimiques et les soignants, hurle, devient délire et vociférations. Puis, comme il est extrêmement lucide et intelligent, il se calme, se réconcilie avec l’existence, accepte sans toutefois renoncer. Il ne renoncera certainement pas à sa carrière de comédien et c’est tant mieux pour nous, spectateurs. Il continuera, lui « l’intermittent de l’hôpital psychiatrique » à monter sur scène et à nous démontrer que la bipolarité n’empêche ni le talent ni la création.  Ce spectacle pourrait devenir un petit traité à l’usage des patients maniaco-dépressifs. Il évoque les phases dangereuses durant lesquelles ils se sentent les rois du monde et celles de la descente aux enfers. Alternance terrible mais que l’on peut juguler. Afin de vivre, d’aimer et de créer. Bravo Erwan! Un long chemin t’attend et peut-être pourras-tu guider dans ton sillage d’autres êtres qui pour être fragiles n’en sont pas pour autant moins géniaux.

« La complainte du bipo » de et par Erwan Quesnel. Musique de Laurent Zoppis. Mise en scène de Cédric Garoyan.

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« Michel for ever » à Paris, hommage vibrant et inspiré à Michel Legrand

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Macha Meril était là. Elle a beaucoup souri et parfois ri aux éclats. Elle a aimé. Et à l’issue de la représentation elle a raconté l’histoire de ce spectacle à l’affiche du théâtre de Poche, à Paris. « Michel venait de disparaître. Ils sont venus me voir et m’ont annoncé qu’ils allaient monter un hommage en trois semaines seulement! ». Et ce fut fait. Joué avec succès au début du printemps, puis repris le 25 mai. Une salle joliment aménagée en cabaret, comble et comblée.

Quatre comédiens, à la fois chanteurs et danseurs, nous font revivre les grands moments de la vie mouvementée et de la réaction plurielle du musicien. Enthousiasme, vivacité, facéties, émotions… Pas une seconde de répit à l’image d’une carrière éblouissante qui a marqué plusieurs générations et continue à vivre dans les cœurs et les orchestres. Stéphan Druet et Daphné Tesson ont conçu un hommage vibrant et inspiré. Michel Legrand est bien là. Il nous transporte dans ses envolées rythmiques, nous éblouit par ses pirouettes symphoniques et nous insuffle l’amour, la joie, la vie.

Pour servir ces partitions nombreuses qui se bousculent, s’entrecroisent et se mêlent en un feu d’artifice éclatant deux musiciens, Benoit de Mesmay au piano et Stéphane Corbin à la contrebasse. Sur le plateau, Emmanuelle Goizé, Mathilde Hennekinne, Gaétan Borg et Sebastiàn Galeota rivalisent de punch et de talent. Un spectacle joyeux et enlevé à ne pas manquer.IMG_0568

Jusqu’au 14 juillet. Théâtre de Poche. 75 boulevard du Montparnasse. Paris. Tel 01 45 44 50 21

Evénement à Amsterdam: Tous les Rembrandt du Rijksmuseum exposés

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À l’occasion du 350e anniversaire de la mort du maître, le Rijksmuseum présente pour la première fois de son histoire une exposition rétrospective de toutes les peintures, gravures et dessins de Rembrandt, issus de sa propre collection. Un événement artistique car certaines pièces ne sont montrées qu’exceptionnellement en raison de leur fragilité, notamment leur extrême sensibilité à la lumière. Ainsi, à côté des chefs d’œuvre du peintre que chacun connaît comme « La fiance juive » ou « Le syndic de la guilde des drapiers », pouvons-nous découvrir un graphisme passionnant, étonnant et réellement moderne dans certains dessins accrochés aux cimaises jusqu’au 10 juin. Il faut donc se hâter de faire un petit tour dans cette ville magique pour ne pas passer à côté de cette opportunité unique.

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Rembrandt, malgré les ors du 17e siècle néerlandais, ne resta jamais cantonné à  la représentation de la beauté, de ses atours, de ses richesses. Sa maîtrise absolue, fabuleuse, novatrice, du clair obscur servit tout au contraire la mise en abîme de l’homme, la description des vicissitudes de la vie, l’angoisse de la mort. Ses scènes de genre campent des gens de peu, des travailleurs, une femme pensive, un vieil homme plongé dans l’obscurité mais dont une chandelle nous révèle la fascination pour la lecture.

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IMG_0426 2.jpgLa nature n’échappe pas à l’acuité du regard de Rembrandt même si le peintre, portraitiste avant tout, a réalisé peu de paysages. « Les Trois Arbres » notamment témoignent d’un graphisme époustouflant. Dans cette magnifique gravure à l’eau-forte et pointe sèche on sent la caresse du vent, on perçoit le danger d’un ciel d’orage et l’on entend le bruissement des feuilles. Toute une dramaturgie surgie de l’observation attentive d’un coin de campagne familier. De la même façon, dans chaque œuvre Rembrandt se fait conteur et photographe bien avant l’heure. Il donne à voir une histoire et ses portraits captent les rides de l’âme sous les traits du visage. Ainsi en est-il de cette femme (voir photo ci-dessous) qui, mesure la force de ses richesses, exprime le profond contentement d’être ainsi parée de perles, bijoux et dentelles. Elle ne doute de rien ou bien elle confond l’avoir et l’être, pourrait-on dire aujourd’hui. Splendide témoignage de certains aspects de la nature humaine. Rembrandt génie du graphisme, de la peinture et de l’étude de ses semblables.

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« Tout Rembrandt ». Jusqu’au 10 juin. Rijksmuseum. Amsterdam

Markus Lüpertz chez Caillebotte, la nécessité de peindre

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Il y a les arbres majestueux, invincibles, dans le parc de la propriété. Ils affirment la volonté d’un monde meilleur, l’évidence du renouveau qui en ce printemps florissant gagne la nature toute entière. Les jardins de la propriété Caillebotte, merveilleusement restaurée dans la petite ville d’Yerres, à quelques encablures de Paris, accueillent les sculptures de Markus Lüpertz.

Un artiste né en Bohème, émigré en Rhénanie au lendemain de la guerre, confronté à un passé intolérable et faisant sienne la volonté de s’approprier la figure pour cheminer vers un art singulier empreint de l’héritage de l’expressionnisme abstrait américain et de la peinture française. Les sculptures défont les paradigmes des héros de l’Antiquité, égratignent les images nobles des dieux greco-romains. Elles donnent à voir un irréel tourmenté, faisant écho aux monstres ignobles que peuvent cacher les idéaux de force et beauté.

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Cette façon d’utiliser le corps comme « motif » plastique afin de dire en même temps le poids de l’histoire se retrouve dans les « Nus de Dos », peintures massives, sans têtes, ornées d’éléments évoquant les attributs du nazisme. Markus Lüpertz reste dans un discours glacial, sans concessions. Le tableau vaut pour et par lui-même. Il fait corps.

Comme le dit Danièle Cohn, commissaire de l’exposition « Dans un monde de l’art qui voulait oublier la peinture, Lüpertz a bénéficié d’un effet générationnel. Il prend place et part à cette formidable constellation allemande, qui, pour des raisons historiques propres à ce pays, a osé choisir et inventer encore une fois la peinture: Gerhard Richter, Anselm Kiefer, A.R. Penck, Georg Baselitz, Sigmar Polke, Jörg Immendor… ».

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L’artiste place le motif (ici de simples tentes) au centre de ses compositions. Le détail devient essentiel comme s’il devait devenir monument. Se détachant sur un fond uni l’objet acquiert une autre dimension. On oublie sa fonctionnalité pour recevoir l’impact de la couleur. C’est la voie choisie par l’artiste pour « oser la peinture » à une époque où la mode va plutôt vers un renoncement et où l’avant-gardisme vise d’autres horizons. « Le « je » du « je suis peintre » est celui d’un sujet qui accepte le pari d’un universel subjectif, d’une singularité exemplaire, parce qu’il endosse son temps comme les passés pour préparer une peinture de l’avenir » nous dit encore Danièle Cohn.

Et plonger dans cet univers plastique en ces lieux mêmes où Gustave Caillebotte a voulu, à sa façon et en son siècle, révolutionner le regard du peintre a quelque chose d’émouvant et de vivifiant.

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Markus Lüpertz. « Oser la peinture ». Jusqu’au 8 septembre. Propriété Caillebotte. 8 rue de Concy. Yerres

 

 

 

 

Don Giovanni drapé dans ses paradoxes par Daniel Benoin à Anthea

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Le mythe est immuable, inscrit dans l’inconscient collectif, intact. Pour rendre « Don Giovanni » spectaculaire au meilleur sens du terme, pour insuffler la vie à tout instant dans cet opéra délicat, peu lyrique en dépit de la sublime musique de Mozart et des voix superbes qui l’interprètent, il fallait une idée. Daniel Benoin a imaginé un plateau constitué d’un lit immense, immaculé, où les draps se souviennent des ébats amoureux effrénés de l’antihéros mais se muent également en linceul à l’heure du trépas.

L’étoffe ondule d’ailleurs par moments sous l’effet de lasers et la vidéo rehausse le propos. On retiendra cette scène durant laquelle les portraits de Don Giovanni emplissent l’espace, se resserrent pour constituer une véritable prison dans laquelle s’étiole la jeune fille perdue par sa passion. Le visuel vient ici soutenir les émotions et suit note après note la partition de cet opéra chef d’œuvre.

La distribution internationale  est composée de chanteurs russes, italiens, géorgiens et la direction musicale est confiée à György G. Ràth,  directeur du philarmonique de Nice. Voilà un « Don Giovanni » lumineux, errant dans les ténèbres de son âme tourmentée, perdu par une fuite en avant qui, voulant abolir la mort, la provoque par anticipation. Une nouvelle version à découvrir vite. Il ne reste qu’une représentation dimanche 10 février!

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Dernière représentation dimanche 10 février à 15h30. Anthéa. 260, av. Jules Grec, Antibes. Tel. 04.83.76.13.00

 

David Wahl, troubadour des temps modernes, chante un sale discours

2017_11_29_le sale discours_034∏alain monotIl a l’élégance d’un muscadin, la poésie d’un troubadour et l’humour d’un homme d’aujourd’hui, conscient, avisé, perspicace. David Wahl s’est lancé dans un art particulier, bien à lui, celui des causeries. On pourrait les imaginer dans un salon, au coin du feu… Elles s’offrent sur scène et enthousiasment le public. Comme à Monaco l’autre soir, dans l’écrin précieux du théâtre Princesse Grace où se donnait le « sale discours », thème du dernier exercice en date.

Un texte intelligent, émaillé de références historiques, scientifiques et philosophiques, construit comme un puzzle qui met en garde contre la destruction de la planète. Car, dans cet étrange cabinet de curiosités linguistiques où l’on ne sait si le sale constitue quelque danger ou si le propre tue toute élan de vie, si les bactéries jouent les gardiennes du temple ou si les détergents chimiques véhiculent la mort, il s’agit bien de cela: œuvrer pour la protection de l’environnement. Sans en avoir l’air, en toute humilité et sur le ton de la plaisanterie, ou presque. Voilà qui va dans le sens de la politique monégasque dont la Mission pour la Transition Energétique était d’ailleurs présente au théâtre Princesse Grace.

Revenons au « sale discours ». Il interroge sur la gestion des déchets, sur les dégâts que l’homme, cet animal bien plus propre qu’un porc, inflige à la Terre alors que le cochon, lui, repoussant de saleté, avale tout et donc d’une certaine façon nettoie. Le paradoxe est posé. David Wahl a d’emblée annoncé le propose, une « géographie des déchets pour tenter de distinguer au mieux ce qui est propre d’avec ce qui ne l’est pas ». Point n’est besoin ici de mettre les points sur les i, d’expliquer, de convaincre. La conclusion s’impose d’elle-même et l’extraordinaire durée de vie des déchets radioactifs, mise sur le devant de la scène, interpelle, glace le sang, anesthésie l’espérance. « Que penser de ces déchets, produits pour le développement, le progrès, le confort de l’homme, dont la nocivité se compte en dizaines voire centaines de milliers d’années? » interroge l’auteur comédien. A signaler aussi le travail astucieux de Pierre Guillois qui orchestre avec brio cette causerie spectacle décidément pleine de vie. A savourer et à méditer.

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Solitudes urbaines à la galerie Depardieu, à Nice

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La déréliction de l’homme pris dans le cyclone des villes, perdu dans l’immense vacuité bétonnée, seul, désespérément seul. C’est le thème choisi par la galerie Depardieu à Nice qui expose deux femmes de caractère, d’exception.

N_VR photographie le monde pour en extraire son essentiel. Issue du monde la danse elle fait preuve d’un sens inné du mouvement et parvient par l’instantané à en suggérer l’incessante fluctuation. N_VR voyage, parcourt les déserts et les villes, prend place dans des bus et capte des images. Leur force vient d’une mise en scène que l’on peine à deviner.

« N_VR est une exploratrice de l’épaisseur du présent…. Elle compose ses photos comme des tableaux; le processus de création passe par un interstice de conscience: sentir et voir l’image entre le réel et le rêve montré » écrit Ut Barley Sugar.

Une autre femme exprime à sa façon, la solitude, le sentiment océanique qui s’empare des êtres perdus dans les villes. Laurence Bessas travaille le granit, le marbre, le bois, en insufflant à la matière un supplément d’âme. Pour elle « Sculpter, c’est projeter dans l’espace son moi qui est mémoire collective et universelle. Sculpter, c’est comme vivre, c’est contracter le temps à chaque respiration ».
Ses œuvres sont précisément captivantes parce qu’elles semblent dépasser leurs contours pour gagner un au-delà invisible, imaginaire, multiple. Une façon très personnelle d’imprimer à la pierre ses émotions.

Une exposition à découvrir d’urgence pour tenter de fuir grâce à l’émotion artistique cette « Urban Solitude » que finalement nous ressentons tous.

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« Urban Solitude » jusqu’au 2 février. Galerie Depardieu. 6, rue du docteur Jacques Guidoni, Nice. Tél.+33 (0) 966 890 274