Le petit théâtre d’ombres de Jean Mas au Musée d’Art Naïf de Nice

Quel bonheur! On a trouvé la scène idéale pour le petit théâtre d’ombres de Jean Mas! Le Musée d’Art Naïf de Nice convient parfaitement à cette exposition clin d’œil au Douanier Rousseau avec des silhouettes de fleurs, des feuilles nonchalantes et des branches dansantes qui, d’une certaine façon, peuvent se placer en résonance avec les toiles oniriques du peintre naïf. Jean Mas, le truculent inventeur de « la cage à mouche » devenue une icône artistique liée à l’Ecole de Nice, peut également être considéré comme un poète. Ces œuvres délicates, parlant à notre sensibilité et à notre imaginaire, le prouvent, servies ici par un accrochage particulièrement réussi.

Bien-sûr il était impensable d’inaugurer l’expo sans une « Performas » dont l’ami Jean a le secret. Il nous a donc martelé le conseil de « marcher à l’ombre » ce qui, en ces temps moroses, peut être une jolie métaphore même si le soleil semble une bonne arme contre le virus qui nous alarme. Pour combattre en tout cas la sinistrose qui peut finalement avoir aussi des conséquences fâcheuses sur notre santé il est vivement conseillé de visiter ce petit musée, véritable bijou, investi pour l’heure par une figure majeure de l’art azuréen à laquelle il était bien temps de rendre hommage.

Musée International d’Art Naïf Anatole Jakovsky. Château Sainte-Hélène. Avenue de Fabron. Nice

La puissance créatrice de Soulages à la galerie Lympia, à Nice

Lorsque le crépuscule noie le ciel dans une brume incandescente, lorsque la mer tout à coup devient grise, puis noire, pas vraiment noire car la lune tente une percée, mais tout de même sombre, très sombre, changeante et veloutée, je pense à Pierre Soulages. Un artiste de l’autre sud, le sud-ouest, mais pourtant proche de la Méditerranée qu’il contemple si souvent, y trouvant la force spirituelle pour aller plus avant dans son œuvre créatrice.

La région lui rend hommage pour son 100e anniversaire en nous guidant sur son chemin dans le lieu mythique de la galerie Lympia, l’ancien bagne devenu un espace culturel qui s’ouvre sur la Grande bleue. L’occasion de suivre l’artiste, auquel le Louvre vient de consacrer une exposition de son vivant, dans ses réflexions, ses évolutions et ses techniques. Longue fut la route qui aboutit à cet Outrenoir qui rendit Soulages célèbre sur toute la planète. Il y a eut d’abord le blanc, la lumière pure traquée dans son intensité et ses fluctuations, les ocres et marrons obtenus par les brous de noix, les infinies nuances de gris profond puisées dans le goudron, le bleu lyrique qui émane de certaines lithographies.

L’exposition niçoise met en scène toutes les étapes et offre aussi une vision didactique du cheminement de l’artiste. On découvre les outils (pinceaux, brosses, lames, bâtons…), les plaques de cuivre aboutissant à l’œuvre gravée, les ouvrages réalisés avec son ami Léopold Sédar Senghor qui écrit: « Pierre Soulages est un peintre pur c’est à dire un poète… Les formes qu’il crée sont au peintre ce que les images sont au poète: des métaphores… ». C’est peu dire en effet que cet artiste ne transige pas. Son travail vise une radicalité de l’ordre de l’intériorité et non une posture de façade collant au goût du jour. Sa sincérité que d’aucuns ont pu rapprocher de la spiritualité cistercienne ne cède à aucune facilité. Son désert à lui est un infini obscur et tendre qui nous happe et dont on ne sort pas indemne.

A la galerie Lympia une centaine d’œuvres sont à découvrir dont certaines émanant de collections privées très rarement (voire jamais) exposées. Une occasion unique d’entrer en communion avec cet artiste majeur de notre modernité.

JUSQU’AU 19 AVRIL. GALERIE LYMPIA. 2 QUAI ENTRECASTEAUX NICE

Etoiles filantes et lune incertaine, Alain Amiel brise les codes chez Matarasso

Bien-sûr Van Gogh et ses ciels étoilés. Bien-sûr Lacan et ses écrits obscurs. Bien-sûr les livres (édités, lus, interprétés, écrits)… Un vécu dense, polymorphe, riche, foisonnant. Des talents multiples et une curiosité à fleur d’âme. Alain Amiel a beaucoup étudié, beaucoup contemplé, beaucoup aimé les artistes et surtout Vincent. Il s’est beaucoup interrogé aussi sur les ferments de la création, sur cette nécessité troublante qui pousse certains êtres à prendre la plume, la cithare ou les pinceaux. Dans une frénésie que plus rien ne peut interrompre tant est vif le désir de dire, de transmettre, de laisser une trace.

Nul le sait comment cet ancien éditeur, écrivain, critique d’art, cinéaste à ses heures, a glissé sur la feuille blanche un soir d’insomnie, armé de feutres sombres et d’une furieuse envie de traquer les étoiles dans des paysages nus, des ateliers d’artistes ou des scènes de genre en pleine nature. Toujours est-il que le résultat capte l’attention, surprend et chavire.

Nous sommes face à des dessins, exposés à la galerie Matarasso, qui en disent long sur la vie, l’art et la psychanalyse. Alain Amiel a choisi d’obscurcir, de foncer la réalité. C’est grâce à des petites parcelles de blanc laissées intactes sur la feuille qu’apparaissent les figures. Elles ne sont donc pas dessinées, simplement révélées. Une écriture singulière et énigmatique.

Ma préférence va vers l’immensité profonde, mer, océan ou no man’s land, dans laquelle apparaissent vaguement quelques silhouettes évanescentes. On ressent ici une sorte d’extase. Fascination mêlée d’effroi face à cette beauté froide, cette finitude, cette incapacité à être. Aux confins de l’absolu, de l’infini.

« Starry days » d’Alain Amiel. Librairie-Galerie Matarasso, 46 boulevard Risso. Nice

Le merveilleux désordre de Ra’anan Levy chez Maeght

Le vide et le plein. La dialectique de la sobriété et de l’abondance. L’oeuvre de Ra’anan Levy présentée cet hiver  chez Maeght, à Saint-Paul, en regard des collections de la Fondation, est marquée par l’ambiguïté. Une trentaine d’œuvres et un ensemble de gravures permettent d’entrer dans l’univers de l’artiste franco-israélien. Un univers marqué par la configuration de l’espace, la fuite du temps, l’absence des personnes, la présence des objets… 

Etrange paradoxe que ces allées venues entre la profusion d’éléments hétéroclites et des pièces désolées dont l’austérité renvoie au néant. D’un côté des tables de travail ou des ateliers regorgeant d’objets utiles ou négligeables; de l’autre des appartements vides ou des morceaux de miroir.. « La tour de Babel » ou « Nuée d’histoire » donnent le tournis. On se trouve projetés dans la foule des langues, des idées, des inventions. En revanche en suivant  le « Chemin de l’ombre » ou en entrant dans la « Perspective flottante » on perd pied, on ne sait plus trop où le chemin nous mène, on s’interroge. Ici réside sans doute « L’épreuve du miroir », titre de l’exposition

C’est sans doute cette dualité fascinante chez un artiste exigeant, pratiquant une peinture aux couleurs pures et aux pigments vifs, à l’écart des modes, fidèle à ses objectifs, qui a contribué au succès remporté il y a quelques années lors d’une rétrospective au Musée Maillol, à Paris. Cette fois les amoureux de la Fondation, ce lieu semblable à aucun autre, pourront découvrir cette peinture qui, loin des débats formalistes souvent stériles, nous promène dans un monde captivant quelque part entre Balthus, Freud et Hopper.

Pour ma part je suis totalement fascinée par cette exposition. Quelle chose me parle, me trouble, fait sens. Je crois avoir compris qu’il s’agit de ce désordre apparent qui éclate dans les peintures. Rien ne me rassure davantage que ces errements des objets renvoyant finalement à une errance plus fondamentale de l’être. Ra’anan Levy maîtrise parfaitement son art mais il se situe à la lisière du chemin. Dans cet entre-deux flottant où l’on ne sait plus trop si l’on choisit la parfaite clarté de murs vides ou le grondement d’une surcharge visuelle. Pas de certitudes mais un questionnement intense sur ce va-et-vient entre sobriété nue et fièvre consumériste, entre nécessité de ranger (cacher peut-être..) et désir de tout étaler. J’aime l’ambiguïté de l’artiste et l’ambiguïté de l’homme. Elle renvoie au doute, au désordre de la pensée que je trouve rassurant et infiniment créatif.

Jusqu’au 8 Mars. Fondation Maeght. 633 Chemin des Gardettes, Saint-Paul de Vence +33(0)4 9332 8163.

Paris en rouge et noir: Rothko au théâtre et Soulages au Louvre

Il y eut un jour dans le New York vibrant des années cinquante un homme qui voyait rouge. Un peintre génial, tonitruant, tour à tour exalté ou brisé. S’envolant avec ses larges pinceaux pour traquer les glissements imprévus de la couleur sur la toile, anéanti par la bêtise de petits bourgeois désireux d’acquérir une peinture pour coiffer leur canapé. Les remous, incertitudes, hésitations et revers de Rothko ont inspiré à John Logan un texte dense et lumineux. Des mots révélant les orages intérieurs d’un créateur confronté à la mode, au snobisme et au pouvoir de l’argent. Ce fou étrange et dérangeant est magistralement incarné par Niels Arestrup sur la scène du théâtre Montparnasse à Paris. Face à lui, un assistant malmené et finalement meneur de jeu ciselé par un jeune comédien hyper doué, Alexis Moncorgé.

Un grand moment de théâtre qui nous plonge dans l’univers de Marc Rothko courtisé par la jet set et indigné par l’ignorance de pseudo amateurs visant la notoriété à travers la possession d’œuvres reconnues par le monde de l’art contemporain. Il finira par refuser la commande mirobolante du très chic restaurant du « Four Seasons ». Un geste magnifique qui clôt ce débat philosophico-artistique prenant le spectateur dans ses filets pour le faire réfléchir sur l’art, la sincérité et les impostures des plasticiens d’hier et d’aujourd’hui. Vaste question qu’avec brio Niels Arestrup interrompt avec un mot qui sonne la fin: « Noir! ».

Un mot magique pour nous mener tout droit au Louvre dont deux salles sont consacrées à Soulages qui fête son centième anniversaire. Vingt toiles retraçant le parcours de celui qui, utilisant le goudron et le brou de noix a travaillé avec toutes sortes d’ustensiles, brosses, lames, bâtons, pour faire surgir du néant un éventail infini de gris métallisés, de bruns insoupçonnés, de noirs subtils.

Le peintre de l’outrenoir est ainsi exposé de son vivant dans le Saint des saints. Et, à plus de 99 ans, il a réalisé pour l’occasion trois nouvelles peintures. Des grands formats accrochés dans le Salon Carré dont l’éclairage naturel rehaussé par quelques empreints techniques met merveilleusement en valeur les jeux de lumière dansant dans les sillons du noir profond. Nouvelles recherches dans les plis et replis de cette couleur qui en vaut cent par les nuances infinies que le geste pictural peut induire.

Auparavant Pierre Soulages avait utilisé le blanc pour infuser le contraste et capter l’attention sur les reflets sombres. Aujourd’hui il ne transige pas. Le noir est seul, magistral, captivant. Un seul pot de peinture pour une coulée verticale ou un diptyque où il a savamment creusé deux sillons, l’un oblique l’autre horizontal, pour livrer son message de toujours dans une forme radicalement neuve. Le noir est le tout de la couleur. Il règne sans partage sur la peinture.

« Rouge » de John Logan dans une mise en scène de Jérémie Lippmann actuellement au théâtre Montparnasse à Paris et à ANTHEA à ANTIBES au cours de la saison prochaine.

Exposition Pierre Soulages au Louvre jusqu’au 9 mars 2020.

Voyage dans le temps avec Charlotte Pringuey-Cessac à l’affût d’un »bruit originaire »

Travail sur la mémoire enfouie au fond des siècles, sur les traces et leur interprétation à la lumière des données scientifiques actuellement à notre portée. La plasticienne Charlotte Pringuey-Cessac s’est lancée dans une quête des origines qui fait fi des barrières spatio temporelles. Comme s’il s’agissait d’abolir la distance afin d’accéder, selon les mots du poète Rainer Maria Rilke à un « bruit originaire » afin d’entendre la mémoire d’un être disparu en parcourant les sillons de son crâne selon le principe de premiers phonographes. Démarche singulière s’il en est mais non dépourvue d’une poésie surréaliste que matérialisent des sculptures de verre, véritables pièces d’orfèvrerie dont la fragile complexité évoque les méandres d’un cerveau qui n’est plus.

Première étape de ce voyage dans l’au-delà de la matière au musée de préhistoire Terra Amata où le directeur Bertrand Roussel multiplie les paraboles non dépourvues d’humour pour guider le visiteur dans ce dédale qui ouvre des chemins entre l’apparition des premiers hommes il y a 400 000 ans en cet endroit même et les recherches artistiques et scientifiques des créateurs d’aujourd’hui. Ainsi découvre-t-on un mur d’escalade, répondant à la descente dans les entrailles de terre qu’impliquent les fouilles archéologiques. S’inspirant des véritables pièces (premiers outils) du musée, Charlotte Pringuey-Cessac a eu l’idée de cette ascension symbolique.

Au Mamac l’incursion dans le passé, la mémoire et les vestiges de l’être prend une autre allure. Une salle immaculée, vide, vierge de toute empreinte, accueille les porcelaines aériennes de charlotte Pringuey-Cessac dont la ligne, tracée au charbon, dit l’importance de trait, l’évidence et la sobriété du dessin. Un peu comme si la mémoire ne tenait qu’à un fil. Un tissage entre les êtres par delà les siècles.

Jusqu’au 17 mai. Musée de préhistoire de Terra Amata. 25 Bd Carnot.

Galerie contemporaine du MAMAC. Place Yves Klein. NICE

La foi hors normes de Daniel Rycharski à la villa Arson

« Je suis gay, campagnard et chrétien… hors de l’église ». Daniel Rycharski affiche à la villa Arson son art militant. Une première car ce créateur polonais auquel le Musée d’Art Moderne de Varsovie a consacré une exposition au printemps dernier n’avait jamais présenté son travail hors de Pologne. Un, pays où, comme il l’explique, le parti conservateur au pouvoir le cloue au pilori, le présentant comme un artiste « fou et pervers ». Deux qualificatifs qui, en soi, font souvent bon ménage avec l’esprit créatif. Mais ceci est une autre histoire….

Daniel Rycharski revendique un « christianisme non religieux » débarrassé de ses « dogmes sclérosés », affranchi du clergé et invitant à l’activisme politique. En faveur de la défense des sexualités « non -hétéronormées », en faveur de l’accueil des migrants, contre toutes les discriminations. L’artiste s’inspire de la théologie d’un pasteur résistant anti-nazi, Dietrik Bonhoeffer qui fut exécuté en 1945. « La goutte creuse la pierre », titre de l’exposition, évoque un supplice qui, lentement, exclut ceux dont l’opinion ne cadre pas avec les diktats de l’église catholique polonaise.

Trois « cages », en fait le souvenir de trois petits villages. Trois églises faites de portails et clôtures en fer forgé. Ici l’artiste affirme son attachement à la campagne polonaise, à la ruralité, à ces fermes où l’on élève poules et lapins selon un modèle bien déterminé… Un peu comme l’on tente de forger le mental des hommes de la communauté.

Cette œuvre qui prend racine sur uN amas de terre trône dans le « white cube » du Centre d’Art de la villa Arson. On peut y découvrir aussi « Vera Icon » (voile de Véronique), une pyramide composée de vêtements abandonnés. Ceux des migrants qui ont traversé illégalement la frontière-franco-italienne sur un chemin muletier. Le message est clair et cette œuvre exposée auparavant en plein centre de Varsovie a défrayé la chronique.

Daniel Rycharski continue son chemin. A travers bois et forêts épineuses, Il récupère ça et là des objets, des vestiges, des bouts de vie. Il assemble, érige en manifeste, compose, écrit son message à travers l’expression plastique. Avec imagination, pertinence et une bonne dose de courage. Et il va retourner en Pologne, continuer sa lutte, exposer… tout en s’exposant.

JUSQU’AU 12 JANVIER 2020. VILLA ARSON. 20 AVENUE STEPHEN LIEGEARD. NICE

Musiques au cœur à Beaulieu

A des années-lumière des salles guindées et des profils compassés, loin du tapage et du bling bling, dans la simplicité élégante qui sied à la véritable passion, voici un festival pas comme les autres qui va réunir des publics venant de différents horizons. Le « Beaulieu Classic Festival » s’annonce comme une véritable fête populaire dans le meilleur sens du mot. La qualité sera en effet au rendez-vous afin de satisfaire les mélomanes les plus exigeants mais cette manifestation donnera également l’occasion à de jeunes ou moins jeunes amateurs de découvrir des partitions dont ils sont peu familiers.

Telle est la volonté de Chrystelle Couturier, elle même artiste lyrique organisatrice de l’événement. « Durant dix jours le public pourra assister à la mise en lumière d’au moins dix instruments : le bandonéon, le piano, la harpe, la guitare, le violon, le violoncelle, la contrebasse, l’alto, le saxophone et bien sûr la voix ». Un programme riche et éclectique qui débutera avec une grande soirée organisée sur la plage de la Petite Afrique samedi 14 septembre. « Une nuit à Buenos Aires » pour tous, avec les accents envoûtants des tangos argentins et des démonstrations de danse.

Pour annoncer ce festival pas comme les autres les organisateurs avaient convié le talentueux pianiste Steeve Villa-Massone qui illumine régulièrement les rues de Nice avec son piano rouge. Nous avons pu découvrir un compositeur étonnant qui, sans renier le répertoire classique et romantique qu’il affectionne particulièrement, est capable d’innover avec des rythmiques et des mélodies plus contemporaines. Il mettra en fête les rues berluganes durant la journée d’ouverture.

Ne manquez donc pas l’occasion de faire une petite balade à Beaulieu à l’occasion de ce festival extrêmement prometteur dont toute la programmation est accessible sur

INFOLINE: +33 (0)6 24 61 44 83

beaulieuclassicfestival.com

Voyage à Nantes à peine aperçu, coup de cœur absolu

Il suffit parfois de presque rien, d’un sourire, de murmures incertains, d’une main tendue pour déclencher un coup de foudre. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour les lieux, les villes, les communautés? J’ai à peine entrevu Nantes, son jardin des plantes, ses ruelles, sa cathédrale et rencontré, par hasard, quelques témoignages du temps présent. Œuvres d’artistes contemporains ayant aiguisé leur regard pour dire la nécessité de revoir les choses, d’embellir le quotidien pour combattre le mal de vivre. Curieux « Voyage à Nantes » que cette cité nous offre au hasard de déambulations qui deviennent théâtre vivant inscrit dans la pierre. Paradoxe? Non, vitalité décordante. Une « jungle intérieure », signée Evor, vient modifier le paysage urbain. Les façades, placées dans un écrin de plantes, deviennent scène pour un parcours végétal invraisemblable. Un autre mur, vestige médiéval de constructions remarquables, est devenu pour Flora Moscovici support pour dire « Le temps entre les pierres ». Mélange d’eau, de chaux et de pigments pour des traces d’or qui, peu à peu, s’effaceront avec notre mémoire. Un « voyage à Nantes » bien trop court pour moi et le désir violent de revenir, de réfléchir, d’explorer une ville énigmatique tant elle vibre sans le dire.

Arman au Musée de Vence pour un nouvel état des choses

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A sa façon, mâtinée de poésie et d’idéologie, Arman militait pour l’objet. Cet objet qu’il chérissait, dont il percevait l’esthétique à travers son utilité. IL estimait qu’il devait être chéri, réparé, conservé. C’était son « parti pris des choses » à lui dans le sillage du poète Francis Ponge. Une manière, avant l’heure, de lutter contre les excès de la société d’hyper-consommation et son obsolescence programmée.

La nouvelle exposition que consacre au  maître du Nouveau Réalisme le Musée de Vence met judicieusement en exergue cette philosophie qui, sans dire son nom, a guidé l’artiste plasticien dans ses choix.  « Nouvel état des choses », tel en est l’intitulé. Des « poubelles » aux légendaire « colères » destinées à tailler en pièces salons bourgeois et signes ostentatoires de richesse (à la hache comme à la galerie John Gibson ou à bord d’un bulldozer comme au MAMAC à Nice), des instruments de musique ou meubles calcinés aux accumulations d’ustensiles de cuisine, nous voilà immergés dans l’univers du sculpteur, fils de brocanteur et amoureux fou des outils ou ustensiles de toutes sortes.

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IMG_0653Celui que l’on a qualifié de « blouson noir de l’art contemporain » a célébré aussi un piano détruit, épave d’un naufrage imaginaire. Cet « accord parfait » installé sur le parvis du Musée de Vence est un heureux prélude à la visite de l’exposition. « Incarnant le projet de l’artiste d’une « archéologie du futur » Accord Parfait fait l’éloge suprême du rebut, en transformant des débris en trésor archéologique » dit Jérôme Neutres, commissaire de l’exposition. Dans le même esprit, la série « Atlantis », en référence à l’île mythique disparue, met en scène des pièces en bronze dotées d’une patine spéciale qui leur donne l’aspect d’épaves archéologiques repêchés dans les fonds marins. Une salle, dont l’agencement est particulièrement réussi, célèbre cette étape majeure dans le parcours d’Arman. Et l’on reste songeur devant l’acuité d’un propos qui, avant que chacun n’en soit convaincu, dénonçait dès les années soixante les excès d’une civilisation qui perd son être pour tomber dans l’accumulation des avoirs.

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Jusqu’au 15 décembre. Musée de Vence. 2 place du Frêne