Xavier Theunis sculpteur d’intérieur

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Un appartement niçois, somptueux, devenu œuvre d’art. Un couloir où des vagues noires conduisent vers un intérieur insoupçonné. Une fresque en relief de bois couleur ébène avec des jeux de lumière discrets et savants. C’est la réalisation de l’artiste Xavier Theunis qui a  revisité le domicile d’Alexandre Dufaye, grand amateur d’art, collectionneur, et de ce fait mécène.

Une expérience étonnante au résultat bluffant. Des semaines de réflexion, de travail minutieux et d’échanges ont permis d’aboutir à cette transformation de l’espace. D’autres sculptures et tableaux ont pris place dans ces pièces lumineuses que l’on croirait conçues pour devenir galeries. Et le maître des lieux entend bien renouveler l’expérience avec d’autres artistes.

Xavier Theunis s’était déjà illustré plusieurs fois dans cette façon personnelle de modifier lignes et volumes. Notamment à la galerie Catherine Issert de Saint-Paul où il avait conçu une sorte de cabane. Voici ce que nous en disions alors: « Il s’agit de gravir les quelques marches qui conduisent au sein même de la structure, de prendre place (comme on le peut) sur un sol incliné et de se promener devant les tableaux incrustés dans les murs. Le plafond est bas, beaucoup plus que celui de la galerie mais on ne s’en rend pas compte immédiatement. Un volume installé en porte à faux en quelque sorte et dans lequel on ressent une espèce de vertige proche du mal de mer ou du mal blanc… ».

Déjà la transformation, le désir de déconstruire pour reconstruire, le questionnement sur la représentation et le vécu du visiteur.
« Nous sommes ici à la frontière, entre un espace habitable et une sculpture proprement dite » nous avait confié l’artiste.
Xavier Theunis poursuit son chemin dans cette interrogation sur l’oeuvre et sur l’acte créatif. Il s’agit de « Défaire ». A prendre sans doute dans le sens de délivrer… des habitudes, des conventions ou de retourner à… l’état premier des choses, à l’essentiel. Une réflexion qui se concrétise dans une façon très personnelle et ambitieuse d’inventer un nouveau processus de création.

Pour visiter cet appartement exposition prière de me contacter: nicolelaffont06@gmail. com

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Musée à cœur ouvert à Monaco

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Le musée de Monaco sort ses collections de la naphtaline et ouvre ses coulisses au public. Une initiative qui dessine des perspectives nouvelles en impliquant les visiteurs dans la vie de l’institution. On a parfois une vision erronée des musées que l’on croit figés, repliés sur leurs trésors, construits une fois pour toutes quelles que soient les expositions temporaires. En fait la vie se glisse partout. De la conservation à la restauration s’activent des concepteurs de grand talent et des artisans aux mains d’or. C’est à leur rencontre que nous convie le NMNM (Nouveau Musée National de Monaco) d’abord en renouant avec le passé. Pour mieux envisager l’avenir.

On retrouve ainsi les merveilleux automates de la collection Madeleine de Galéa qui sortent de leur réserve après avoir dormi quelques années dans les sous-sols de la villa Sauber. Charlot, l’acrobate, la charmeuse de serpents, la siffleuse, quantité de poupées et de clowns nous font pénétrer dans un univers féérique.

Féérie aussi dans « Le boudoir de Joséphine » avec les costumes et accessoires portés par Joséphine Baker lors de ses dernière performances à Monaco. Un écrin délicieux a été conçu pour abriter ces souvenirs qui dialoguent avec les maquettes et décors d’André Levasseur.

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Voilà pour la nostalgie. Mais le NMNM, avec à sa tête Marie-Claude Beaud, se tourne résolument vers les forces vives de la création. Ainsi les étudiants de l’Ecole Supérieure d’Arts Plastiques de la Principauté nous invitent à entrer dans un dédale où l’on découvre des vidéos dans des recoins et des culs de sac aménagés selon une savante scénographie orchestrée par l’artiste américain Vito Acconci.

Et, en sortant de la villa Sauber, il faut s’arrêter devant le garage du musée. Sur la vitre est projetée l’oeuvre de Martin Creed. On croise ainsi par le truchement de la vidéo des piétons traversant une rue de Manhattan. Chacun a sa démarche, son profil, ses intentions supposées, ses incertitudes. Un point d’orgue après cette plongée au cœur d’un musée, laboratoire vivant.

LAB. Les coulisses du Musée d’Art de Monaco. Jusqu’au 20 mars 2016. Villa Sauber. 17 avenue Princesse Grace. Monaco

Un vibrant vide à la galerie de la Marine à Nice

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On m’avait annoncé un concert. Et là, assise sur le sol de la galerie de la Marine, dans ce lieu magique chargé d’histoire et enrichi d’expériences artistiques novatrices, j’ai reçu le cadeau sonore que Simon Nicolas, jeune diplômé de la villa Arson a improvisé à l’aide d’un bol chantant tibétain et d’une console de mixage. Au plafond, un câble tendu au dessus des installations d’Anna Tomaszewski, deuxième lauréate de la Jeune Création de la ville de Nice et de la Venet Foundation.  Ce câble produit des vibrations naturelles qui, captées et amplifiées, jouent leur propre partition. Mélange des sons et mélange des genres puisque la plasticienne occupe l’espace, en présentant un immense tableau photographique, métaphore géante d’une minuscule cavité secrète explorée au mur de son atelier. Des sculptures complètent cette exposition. Des éléments  prélevés sur la toile de fond et réalisés en plâtre en trois dimensions et un relief mural très réussi en gravier et craie noire intitulé chaque seconde dure un an.

Ce titre nous donne un clé pour tenter d’entrer dans cet univers plastique un peu déroutant. L’exposition a pour ssule titre deux lettres majuscules MA.  Un terme japonais qui signifie intervalle, espace, durée, distance, et  qui est devenu un concept d’esthétique. Il fait référence aux variations subjectives du vide qui relie deux objets, deux phénomènes séparés. Nous y sommes, il s’agissait de convier le public à une messe singulière où chaque personne a vécu la chose selon son moi profond. Et de fait un silence de cathédrale régnait durant ce « concert ». Seuls les mouvements des corps assis, étendus, recroquevillés ou au mur adossés ajoutaient des notes au dispositif sonore en devenir. Une expérience à vivre.

Cette exposition se poursuit jusqu’au 17 janvier 2016 et deux autres concerts auront lieu.

Galerie de la Marine. 59 quai des Etats-Unis. Ouvert tous les jours sauf lundi. http://www.nice.fr

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Watine bouscule les chaises à la cave Romagnan

Chaises (Les)

Un homme libre. Watine a choisi de se laisser guider par ses émotions et sa fantaisie. Ainsi sa peinture est-elle figuration à sa façon. Rien n’est dit une fois pour toutes, le spectateur étant convié à laisser voguer son imagination devant des toiles captivantes dont certaines glissent vers l’abstraction.

Watine vient justement d’accrocher ses peintures dans un lieu de liberté bien connu des artistes, de musiciens et des noctambules niçois, la cave Romagnan. Et, comme le peintre est également dramaturge, l’allusion aux « chaises » de Ionesco prend ici une signification particulière. Le monde est un carnaval, disent certains. Watine bouscule les chaises comme il joue sur les mots avec distance et humour. Les codes s’effondrent au profit d’un mélimélo tragique et joyeux. A découvrir de préférence un verre à la main.

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La cave Romagnan, 22 rue d’Angleterre, Nice.

Tous les samedis, jazz de 19 à 22 heures. Micro ouvert le 4e mercredi du mois. Entrée gratuite

A la vie, le festival du film sur la Résistance donne l’exemple

Deux jours d’angoisse à ne pas bouger de la télé avec, en continu, les récits dramatiques d’une nuit d’horreur. Juste un petit saut au Monument aux morts pour une minute de recueillement et d’hommage aux victimes. Et puis, ce programme du festival du film sur la Résistance à Nice, une manifestation précieuse, indispensable même, pour entretenir la mémoire vive. Je tombe sur l’annonce d’une projection au Mercury « A la vie » de Jean-Jacques Zilbermann.

C’est l’histoire de trois jeunes femmes rescapées d’Auschwitz, mortes, oui l’on pourrait dire mortes déjà, à cause des sévices subis par le corps et par l’âme. Pourtant elles se retrouvent, respirent l’air de la Manche, s’étendent sur le sable, pleurent, se réconfortent, vacillent et finalement célèbrent la vie dans ses petits moments de joie, dans ses grandes illusions, dans ses chagrins et dans ses disputes. Et lorsqu’elles trinquent elles ne disent par « Santé » mais « A la vie » à la mode hébraïque.

Le hasard d’une programmation élaborée bien avant la tragédie parisienne a permis de placer une  rustine sur les cœurs. De comprendre qu’il s’agit avant tout d’une guerre entre pulsion de vie et pulsion de mort. Que  les barbares des ténèbres exècrent plus que tout Paris avec ses bistrots, ses « bobos », ses musiciens, ses comédiens, ses poètes et ses chansonniers. Son charme, ses plaisirs, sa capacité d’invention. Alors ils répandent la mort pour anéantir l’instinct de vie. Mais c’est peine perdue. Paris vibre, vit et vivra. Déjà les terrasses, les théâtres, les salles de concert… Bien sûr cette petite résistance là n’a pas l’héroïsme de la Résistance qui dans les pires moments de l’histoire parvint à vaincre le mal absolu. Mais elle peut s’en inspirer et surtout se souvenir. Le festival du film contribue grandement à ce devoir de mémoire et nous éclaire, hélas, sur notre présent.

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Et, à la sortie du Mercury, quelques personnes étaient encore là, sur la place Garibaldi, pour rendre hommages aux victimes des attentats de Paris. Quelques fleurs, des bougies et un énorme chagrin.

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Arman, tes colères nous manquent!

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Dix ans déjà. Arman nous a quittés et ses colères nous manquent. La dernière dont je me souviens, marquante, avait eu lieu au MAMAC, ici précisément où on lui rend hommage aujourd’hui. Juché sur un bulldozer, le sculpteur avait entièrement détruit un salon bourgeois et sucré. C’était en juin 2001. L’artiste avait écrabouillé un living-room kitch et cossu dont seuls les canapés d’un bleu délavé avaient échappé au massacre, avant d’être achevés à la masse. Et il avait commenté ce happening détonant : « La vision néobourgeoise de ces gens qui veulent un intérieur à tout prix m’inspire une série d’œuvres qui sont des colères.»

Arman, figure de proue de l’école de Nice qui signa, un jour, chez Yves Klein le manifeste du Nouveau Réalisme. « Je ne suis pas un artiste traditionnel. Il y a bien des montreurs d’ours. Eh bien, moi, je suis un montreur d’objets ». Ainsi parlait le sculpteur qui parvenait à captiver tous les publics, même les collégiens auxquels il donnait parfois des « leçons d’objets ».

L’objet, sujet de toutes ses émotions, de ses actions d’éclat, de ses ressentiments. Ayant grandi à Nice dans la boutique d’un père brocanteur, Arman vouait une véritable adoration à ces choses vaguement utiles, parfois laides ou mises au rebut, témoins du travail de l’homme. Il voulait créer un musée de la réparation afin de lutter contre cette tendance à jeter, forgée par la société de consommation. Dans son atelier perdu sur les hauteurs de Vence s’accumulaient d’innombrables outils et bibelots. Du violoncelle au tambour de machine à laver, du masque africain à la statuette en bois précieux, de la scie au boulon. Ces objets ont donné les élégantes « allures » et les fameuses accumulations . Ils ont aussi pris place dans des « poubelles » qui sont devenues célèbres.

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Le Mamac a eu l’idée lumineuse d’installer justement un grand bac transparent dans lequel s’entassent toutes sortes de petites choses, plus ou moins dérisoires. Le visiteur est invité à y jeter un objet avant d’en choisir un autre avec lequel il repart. C’est ainsi qu’à l’ouverture de l’exposition une dame a pu « échanger » un paquet de sucrettes contre une poupée en plastique ayant probablement appartenu à Arman! L’hommage se déroule en deux temps et en deux lieux, la collection de photographies de Jean Ferrero ayant gagné les cimaises de la place Pierre Gautier. L’occasion de revivre des moments intenses d’échanges et d’amitié entre le galeriste et l’artiste.

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Jusqu’au 6 mars 2016. MAMAC. Place Yves Klein. Nice

Donation Ferrero. Place Pierre Gautier. Nice

Voici la dernière interview d’Arman que j’ai réalisée, parue dans « Nice-Matin » le 19 octobre 2003:

19 OCTOBRE 2003 p. 24

Hov show au TNN: Woody où es-tu?

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Autant l’avouer d’emblée. Au théâtre, le rire n’est pas ce que je préfère. Le sourire en coin en revanche… Alors Hov show, j’hésitais un peu. Mais deux promesses m’ont incitée à me rendre au TNN pour découvrir l’humour d’Hovnatan Avédikian. La mise en scène signée Irina Brook dont le n’oublierai jamais (non jamais) le superbe spectacle « Une bête sur la lune », et ces quelques mots dans le programme du Théâtre « Dans le style d’un Woody Allen ». Car Woody, là je vous le dis, même le Woody un peu fatigué d’aujourd’hui, j’adore. Je reste une inconditionnelle absolue. Car lui (miracle!) il me fait rire même s’il n’y a pas toujours de grands éclats bruyants. L’esprit (tiens, c’est curieux, j’avais écrit « l’espoir », je le dirai à mon psy), qu’il soit français ou juif new-yorkais, c’est pour moi cette distance, cette finesse, cette mise en abîme métaphysique qui donne le tournis.

Rien de tel ici. Certes le comédien est bluffant. Il fait preuve d’une souplesse de corps et de mots extraordinaire. Généreux, vrai, bourré de talent. Mais son texte, qui commence assez bien avec une émotion contenue évoquant les heures terribles vécues par le peuple arménien tout en essayant de sourire, sombre assez vite dans les ficelles effilochées du one man show daté 2015. Aux gargouillis de son ventre malade je préférerais entendre les tremblements de son âme certainement très bousculée par l’histoire, la petite et la grande. Alors pendant le spectacle j’ai cherché Woody, partout. Introuvable!

« Hov show » jusqu’au 7 novembre. Théâtre National de Nice. Tél. 04 93 13 90 90