Arman, tes colères nous manquent!

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Dix ans déjà. Arman nous a quittés et ses colères nous manquent. La dernière dont je me souviens, marquante, avait eu lieu au MAMAC, ici précisément où on lui rend hommage aujourd’hui. Juché sur un bulldozer, le sculpteur avait entièrement détruit un salon bourgeois et sucré. C’était en juin 2001. L’artiste avait écrabouillé un living-room kitch et cossu dont seuls les canapés d’un bleu délavé avaient échappé au massacre, avant d’être achevés à la masse. Et il avait commenté ce happening détonant : « La vision néobourgeoise de ces gens qui veulent un intérieur à tout prix m’inspire une série d’œuvres qui sont des colères.»

Arman, figure de proue de l’école de Nice qui signa, un jour, chez Yves Klein le manifeste du Nouveau Réalisme. « Je ne suis pas un artiste traditionnel. Il y a bien des montreurs d’ours. Eh bien, moi, je suis un montreur d’objets ». Ainsi parlait le sculpteur qui parvenait à captiver tous les publics, même les collégiens auxquels il donnait parfois des « leçons d’objets ».

L’objet, sujet de toutes ses émotions, de ses actions d’éclat, de ses ressentiments. Ayant grandi à Nice dans la boutique d’un père brocanteur, Arman vouait une véritable adoration à ces choses vaguement utiles, parfois laides ou mises au rebut, témoins du travail de l’homme. Il voulait créer un musée de la réparation afin de lutter contre cette tendance à jeter, forgée par la société de consommation. Dans son atelier perdu sur les hauteurs de Vence s’accumulaient d’innombrables outils et bibelots. Du violoncelle au tambour de machine à laver, du masque africain à la statuette en bois précieux, de la scie au boulon. Ces objets ont donné les élégantes « allures » et les fameuses accumulations . Ils ont aussi pris place dans des « poubelles » qui sont devenues célèbres.

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Le Mamac a eu l’idée lumineuse d’installer justement un grand bac transparent dans lequel s’entassent toutes sortes de petites choses, plus ou moins dérisoires. Le visiteur est invité à y jeter un objet avant d’en choisir un autre avec lequel il repart. C’est ainsi qu’à l’ouverture de l’exposition une dame a pu « échanger » un paquet de sucrettes contre une poupée en plastique ayant probablement appartenu à Arman! L’hommage se déroule en deux temps et en deux lieux, la collection de photographies de Jean Ferrero ayant gagné les cimaises de la place Pierre Gautier. L’occasion de revivre des moments intenses d’échanges et d’amitié entre le galeriste et l’artiste.

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Jusqu’au 6 mars 2016. MAMAC. Place Yves Klein. Nice

Donation Ferrero. Place Pierre Gautier. Nice

Voici la dernière interview d’Arman que j’ai réalisée, parue dans « Nice-Matin » le 19 octobre 2003:

19 OCTOBRE 2003 p. 24

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