Le délire labyrinthique de Quentin Spohn au Narcissio, à Nice

Une sorte de comédie inhumaine. Je connais Quentin Spohn dont les fresques au « Dojo » puis dans la galerie « Espace à vendre » m’avaient scotchée sur place. Ce jeune artiste issu de la villa Arson impressionne et fascine par son talent de dessinateur, sa méticulosité et sa frénésie du détail. Il franchit aujourd’hui une autre étape en exposant au Narcissio à Nice, un lieu culturel qui mérite vraiment le détour, une accumulation de personnages quasi monstrueux, souvent burlesques, toujours inquiétants. Comment ce jeune homme au visage lisse et engageant peut-il avoir cette fourmilière parasite dans la tête? Où trouve-t-il l’énergie pour accomplir un tel travail? Comment peut-il ainsi traquer le moindre trait sur des visages tous semblables et tous différents? L’œuvre interroge à tous points de vue. Politique certes mais aussi psychanalytique.

« La preuve du pire, c’est la foule ». Sénèque avait vu juste. Et cette preuve prend ici les allures d’un groupe débridé, fellinien par endroits, grimaçant et armé. On le devine ce groupe pétri de certitudes, gras de bêtise, galvanisé par quelque hâbleur frustré et ivre de pouvoir. Quentin Spohn avait commencé ce projet à la suite des élections américaines de 2016. La crise sanitaire a étiré le temps et la caricature de la présidence Trump s’est peu à peu enrichie de la montée d’autres populismes dans le monde. « Tracts, salves, flammes entre fiel et terre », une installation qui grâce aux jeux lumineux imaginés par Matthieu, le frère de l’artiste, devient théâtre de l’absurde. Plus le visiteur élève la voix, plus le rouge clignote. On devine les bains de sang que les ténors de la haine peuvent engendrer.

Si cette œuvre ne laisse évidemment pas indifférent, j’avoue avoir été encore davantage bouleversée par le personnage quasi beckettien qui s’accroche à un roc que l’on devine glissant et semble regarder tout cela avec l’indifférence douloureuse qu’impose la conscience de la finitude humaine.

Les masques exposés dans une petite salle au fond du « Narcissio » sont également saisissants. Décidément nous ne sommes pas au bout de nos surprises avec cet artiste qui pourfend la mode du minimalisme en suivant simplement son processus créatif. Une nécessité et une sincérité. Un seul mot s’impose. Bravo.

Jusqu’au 29 janvier 2022. Le Narcissio. Association Del’Art. 16 rue Parmentier. Nice. Tel 04 93 84 81 30

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