Alissa, une jolie môme touchante et drôle aux Déchargeurs

Alissa Wenz - (c) DR-1

Un sacré tempérament. Un petit bout de femme qui n’a pas sa langue dans sa poche et dont l’esprit affûté bouscule les idées reçues. Alissa Wenz régale le public du théâtre des Déchargeurs. Chaque chanson est une histoire, un soupir mélancolique, un cri de liberté ou une petite leçon de vie. C’est selon…  Avec des accents souvent empruntés à Barbara, Alissa manie la langue avec suffisamment de subtilité pour faire frétiller nos oreilles. Touchante, caustique, pertinente, elle rentre dans le lard des grandes personnes trop raisonnables pour goûter l’éclat d’un matin ou deviner les étoiles entre chien et loup.

« Naïve » dit-elle… Non, percutante, bigrement vivante. A découvrir sans tarder dans cette petite salle parisienne qui décidément réserve de bonnes surprises. Alissa ou le bonheur des mots. Ceci associé à l’art de trouver les notes pour leur donner du relief et nous faire grimper au sommet.

Jusqu’au 21 décembre. Alissa Wenz « Naïve ». Théâtre des Déchargeurs.  3 rue des Déchargeurs. Paris  www.lesdechargeurs.fr

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« Premier amour » de Beckett, l’exil par les mots aux Déchargeurs

Christophe Collin intèrprète de Premier amour

C’est un grand jeune homme un peu déglingué. Une tige qui s’élance vers un ailleurs vertigineux. Un individu aux prises avec son corps, ses mimiques, ses émotions. Un parfait personnage beckettien. Christophe Collin captive de bout en bout dans ce « Premier amour » mis en scène par Jacques Fontaine. Tour à tour inquiétant, mystérieux, drôle, touchant, agaçant… Il nous dit les choses de la vie sans emphase mais avec conviction.

« Ce qu’on appelle l’amour, c’est l’exil avec de temps en temps une carte postale du pays ». Merveilleux. Mais la langue de Beckett, encore faut-il pouvoir la capter, faire corps et âme avec elle. Il y parvient. Pas une seconde d’ennui. Pas une trace de compromis. Rien. Le pur cristal d’une pensée qui dérange, qui fait mal, qui traduit l’inanité d’être.

Décidément, on peut dire que le théâtre des Déchargeurs est le refuge parisien du génial auteur irlandais. Après « Le dépeupleur » ici applaudi avec Serge Merlin, voici un spectacle tout aussi réussi avec un comédien qui bondit sur un fil. Le fil des mots. Numéro d’équilibriste en parfaite adéquation avec le métier de vivre. Un métier difficile que Samuel Beckett tenta de dompter avec sa plume.

Jusqu’au 30 septembre. Théâtre des Déchargeurs. 3 rue des Déchargeurs. Paris. http://www.lesdechargeurs.fr 

Christophe Collin intèrprète de Premier amour

Un nouveau souffle pour la Villa Santo Sospir décorée par Cocteau

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Il existe quelques lieux magiques voués à de multiples renaissances. Comme si la vie, intense et fulgurante qui les a habités, ne pouvait jamais cesser d’engendrer de nouvelles émotions. C’est à n’en pas douter le cas de la villa Santo Sospir de Saint-Jean-Cap-Ferrat qui fut, dans les années cinquante, le refuge de Jean Cocteau.

Le poète trouva l’inspiration dans ce havre de paix s’ouvrant sur l’horizon marin et tatoua entièrement les murs de cette demeure devenue ainsi unique et inestimable sur le plan artistique. De nouveaux propriétaires (la famille Melia) ont entrepris avec la galerie Pace de donner un souffle nouveau à cette maison en y organisant expositions, concerts et représentations théâtrales.

Premier événement, les figures étonnantes de Kevin Francis Gray visitent les jardins. Des sculptures en marbre de Carrare provenant de la carrière où Michel-Ange s’approvisionnait. Des pièces dialoguant parfaitement avec les arabesques signés Cocteau. A la fois mystérieuses et élégantes, ces sculptures allient la puissance et la dureté du marbre à une facture délicate voire aérienne… Comme si la matière se faisait dentelle par instants sous le maillet de l’artiste.

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On songe au « testament d’Orphée », tourné en partie ici,  ou à « La Belle et la Bête »… Le sculpteur irlandais évoque malgré lui les tourments d’un pays bousculé au fil des siècles. Pays qui enfanta des écrivains et des plasticiens de génie. Kevin Francis Gray rejoint Cocteau sur son étoile. Son questionnement métaphysique, ses inquiétudes existentielles, sa façon élégante de les transcender, les liens s’imposent d’emblée.

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Cette superbe exposition est visible à la Villa où l’on pénètre avec délice grâce aux explications d’un guide passionnant, Eric Marteau. Une plongée fascinante dans l’univers du poète et dans celui tout aussi fantastique d’un sculpteur inspiré.

Jusqu’au  31 octobre. Sculptures de Kevin Francis Gray. 14, avenue Jean CocteauSaint-Jean-Cap-Ferrat www.santosospir.com

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Théâtre national de Nice: Shakespeare, le foot et les enfants

Tempête_Brantes_juin17 ©Gaëlle Simon.jpgAvis de vents forts au Théâtre national de Nice où Irina Brook, forte de la conviction q’il faut promouvoir des spectacles de qualité pour tous, annonce une saison tempêtueuse. Le théâtre d’utilité publique, voilà son credo que je partage d’ailleurs. La vertu cathartique de la représentation perdure dans le monde d’aujourd’hui. Monde dont Irina n’ignore aucune des faiblesses mais qu’elle entreprend de mettre en scène précisément dans ses lacunes voire ses horreurs. Dire la société dans l’espoir de faire bouger les lignes et les mentalités, ouvrir le palais de marbre à des publics nouveaux, aller chercher les spectateurs dans la rue ou -mieux- dans les allées des hypermarchés… La comédienne, aux commandes du centre dramatique national de Nice, ne recule devant rien et s’apprête à affronter des tempêtes plus difficiles encore à maîtriser que celle de Shakespeare à l’affiche du « festival Shake Nice! » en janvier et dont elle dit: « La dernière pièce de Shakespeare détient tous les secrets qui Nous font comprendre l’essence de notre humanité… »

L’humanité, Irina Brook la traque dans tous les recoins pour tenter de faire fleurir de nouvelles utopies. Et cela passera aussi par le football, vecteur d’audience large et bigarrée. Pourquoi ne pas courtiser les stades pour faire venir au théâtre des sportifs peu accoutumés aux scènes sans pelouse? Bon courage…

Autre grande aventure, un festival destiné aux enfants à partir de 4 ans. Rencontres, ateliers et spectacles pour la Génération Z attendue pendant les vacances de la Toussaint. Une superbe initiative à laquelle nous souhaitons grand succès. Car outre qu’ils constituent les publics du futur les enfants pourront acquérir ici goût de la langue, de la poésie, du risque, tout en rêvant et en arrosant les ferments de leur esprit critique. Alors je dis Bravo!

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Théâtre national de Nice. tel 04.93.13.90.90 

 

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La promenade de Marcel Alocco chez Christian Depardieu

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Il dormait quelque part dans ma bibliothèque, sorti de ma mémoire, oublié comme tant d’autres. Alors que je revenais de la galerie Depardieu mon regard tomba sur lui, par hasard. « La promenade niçoise » de Marcel Alocco me faisait de l’œil alors que je venais de découvrir son « itinéraire » accroché aux cimaises immaculées. Ce fut un régal de suivre les tribulations intellectuelles et affectives d’un enfant du pays devenu l’une des figures emblématiques de « L’école de Nice ».

Dans ce livre émaillé de considérations culinaires fleurant le pistou et la socca, Marcel Alocco, sur la pointe de la plume, dévoile par instant fugitifs, sa personnalité de plasticien. Et de citer l’avant-gardiste américain George Brecht: « Je ne pense jamais à ce que je fais comme étant de l’art ou pas. C’est une activité, c’est tout ».

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Cette activité fut un fil, mieux une trame, et Marcel Alocco, patiemment et sobrement poursuit depuis des décennies ce chemin qui est le sien. Il marqua l’avènement du mouvement « Fluxus » comme en témoigne l’œuvre ci-dessus, rarement exposée. Il choisit la forme du patchwork pour mêler les civilisations, accumuler les symboles, dire à sa façon le mixage, la relativité et le foisonnement culturels. La couture ici fait lien et le message, profond, n’interdit pas une certaine satisfaction d’ordre esthétique. L’œil est conquis. Osera-t-on dire que c’est beau? Oui, j’ose, lassée des sempiternels discours sur l’inanité de la chose esthétique. Il faut aujourd’hui trop souvent souffrir, supporter des images désastreuses pour accéder à du « nouveau » selon les dogmes de l’art contemporain. Chez Marcel Alocco il est indéniable que son travail initia de nouvelles formes et un discours neuf mais ses œuvres ont également une valeur plastique. Je m’en réjouis et déguste avec délectation son « itinéraire » judicieusement retracé à la galerie Depardieu.

Comme l’écrit l’historien d’art Denys Riout « Artiste et poète, Marcel Alocco découpe la langue, assemble des formes et des couleurs, tisse un jeu inépuisable de renvois culturels à partir de références bigarrées. Le Patchwork qu’il développe depuis plusieurs décennies n’est pas seulement visuel ».

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Jusqu’au 30 septembre. Marcel Alocco, Itinéraire 1956-1976. Galerie Depardieu, 6 rue du docteur Guidoni. Nice http://www.galerie-depardieu.com