Un « dépeupleur » habité au théâtre des déchargeurs, à Paris

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Une petite pluie fine, translucide, qui vous transperce le corps et le cœur… Arrivée au théâtre des déchargeurs, en plein cœur de Paris, où un certain Serge Merlin, l’un des meilleurs comédiens beckettiens du siècle, interprète « Le dépeupleur ». Un mot pour un titre, une façon de dire, comme toujours chez Beckett. Un tueur? Un désespéré? Un être hyper lucide sur la condition humaine? A chacun ses fantasmes. Le texte, en tout cas, est terrible. Terrible dans ce qu’il dit ou ne dit pas, terrible aussi pour une scène. Une vraie gageure.

« Har-mo-niiiiiiiiiie ». Le comédien érige le mot en point d’orgue. « Harmonie », dérisoire façon de désigner l’enfer. Serge Merlin, mis en scène par Alain Françon, fait des prouesses. Il parvient à nous enfermer dans ce étrange cylindre dont on ne peut s’échapper. Il se déplace, se met en danger, s’assied à côté des spectateurs, s’offre en pâture. Extraordinaire personnage tout droit sorti de l’univers ambigu de Beckett.

Il n’en est pas à son coup d’essai, Serge Merlin. Il fréquente ces textes depuis des lustres et il les a fait siens. Sa prestation est bluffante. Elle nous prend dans ses filets, nous déstabilise, nous secoue. Nous sommes bien chez Beckett et c’est tant mieux.

Jusqu’au 27 mars. Théâtre les déchargeurs. 3 rue des déchargeurs. Paris. métro Châtelet. http://www.les dechargeurs.fr

 

 

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Cy Twombly à Beaubourg, du minimalisme à l’explosion

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On m’avait dit: « Cette exposition, il ne faut pas la manquer ». De fait elle a bien failli ne pas éclore en raison de la montée ahurissante de la cote de l’artiste et par voie de conséquence des taux d’assurance. Depuis qu’il a disparu Cy Twombly atteint des sommets, l’œuvre la plus modeste se négociant des millions, voire des dizaines de millions de dollars. La curiosité justifie déjà elle seule que l’on visite cette rétrospective de haut vol au centre Beaubourg qui fête actuellement ses quarante ans.

Premiers pas mal assurés et un peu trébuchés dans les salles où des toiles radicales, minimalistes, affichent des graffitis de toutes sortes. Certes on sait l’importance de la chose dans le cheminement caillouteux de l’histoire de l’art mais si l’intellect adhère à cette démarche qui fait sens le plaisir n’est pas au rendez-vous. On passe assez vite. On a compris… Et puis? Et puis… il faut continuer et l’on se trouve plongé au cœur d’une explosion de lignes et de couleurs.

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Car si l’artiste américain (que l’on dit inclassable) a flirté avec le blanc, le presque rien, il a abouti quelques années plus tard à un lexique riche, fulgurant, éblouissant. Après des tableaux griffonnés à la peinture industrielle et à la mine de plomb, voici des toiles qui ruissellent de peinture, où l’on a l’impression de voir le sang couler et la vie exploser. Frémissements, pulsations et pulsions. Cy Twombly nous embarque dans ses délires qui ne sont en fait que des rêves d’intensité, de suppléments d’être. On croit lire un livre qui, débutant par des vers de Mallarmé en quête du livre absolu, s’achèverait par des envolées nietzschéennes. Et finalement, envie nous prend de danser devant les tableaux.

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Cy Twombly. Jusqu’au 24 Avril. Centre Pompidou, Place G.-Pompidou (IVe). Tél.: 01 44 78 12 33. Tlj, sf mar., de 11 h à 21 h. Nocturnes les jeu. jusqu’à 23 h.