La foule, l’arbre et le papillon selon Miryan Klein, à Marseille

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IMG_3262.JPGMiryan Klein est une fabuliste de la couleur. Entre mer et champs, entre Nice et le fin fond de la campagne normande, elle vogue sur différents fleuves de la création. A l’écoute d’un arbre dont elle suit les métamorphoses selon les saisons, fascinée par le vol éphémère de papillons qui signent l’humeur des jours, perdue dans ses pensées alors qu’elle arpente la forêt entourant son manoir. Une artiste mais aussi une femme profondément humaine, désireuse d’épingler l’intolérance, la bêtise, le racisme. Sans ostentation, sans discours didactique, par la seule force d’une expression originale qui l’a propulsée dans les plus prestigieuses collections d’art contemporain.  Cicatrisant ses peintures et ses photos de résine et de papier bulle afin de souligner la fragilité de la nature, utilisant la fibre optique, le néon ou la vidéo pour donner naissance à des créations monumentales, Miryan Klein n’en finit plus de nous surprendre.

FullSizeRenderDans le cadre des expositions marquant le 70e anniversaire de l’UMAM (Union méditerranéenne pour l’art moderne), Miryan Klein a investi le Pullman Beach à Marseille. Un accrochage vraiment réussi, chaque oeuvre donnant l’impression d’avoir été conçue in situ pour les vastes salons de l’hôtel.

D’autres artistes, Sébastien Zanello, Francis Guerrier, Félix Valdelievre, Hervé Nys et Yions, à l’initiative de Simone Dibo-Cohen, commissaire de l’exposition, présentent également installations, sculptures et dessins dans les salles et jardins du Pullman. A découvrir sans plus attendre.

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Jusqu’au 31 mai. Hôtel Pullman Marseille Palm Beach. 200 Corniche J.F. Kennedy.

La magie des pierres au MAMAC à Nice

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« Les minéraux sont les étoiles du monde inférieur ». Ainsi parlait l’alchimiste Paracelse au 15 siècle. Les artistes, dont la vocation est précisément de nous mettre des étoiles plein les yeux, se plaisent à se colleter à la froideur, à la rugosité, à la dureté, à la beauté des roches et gemmes. Le MAMAC (Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain) de Nice a choisi de rassembler un certain nombre de plasticiens autour du thème « Le précieux pouvoir des pierres ».

Certains s’attachent à la simplicité des minéraux, les mettent en scène dans le respect, la sobriété et une certaine retenue. Pour d’autres, à l’inverse, les pierres donnent prétexte à un discours sur la pérennité ou l’impertinence des choses, sur la relativité de l’existence et l’idée de l’infini. Un périple passionnant à la découverte de cette fascination très particulière qu’exercent sur nous les joyaux de la terre, a fortiori lorsqu’ils sont habillés par l’inventivité de créateurs de beauté.

Jusqu’au 15 mai. « le précieux pouvoir des pierres ». Musée d’art moderne et d’art contemporain de Nice. Place Yves Klein http://www.mamac-nice.org

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Moussa Sarr décolle à la galerie de la Marine

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Il est jeune, il est beau, et sacrément vivant. Moussa Sarr choisit l’autodérision pour mettre en scène son inventivité. Ce plasticien d’origine sénégalaise a grandi en Corse, étudié aux Beaux-Arts de Toulon et expose aujourd’hui à la galerie de la Marine, à Nice. Armé d’un certain toupet et d’une souplesse de corps et d’esprit lui permettant d’effectuer les contorsions les plus inattendues, il s’empare des clichés et préjugés les plus absurdes, les fait exploser dans ses œuvres pour mieux les piétiner.

Un pari scabreux qui fonctionne. On reste atterré devant certaines vidéos et pourtant attiré malgré soi. Force magnétique de l’originalité, du culot et de la réalisation, parfaite. Qu’il mime un singe en rut (l’orgasme du singe), un étalon qui piaffe (l’étalon noir) ou le combat absurde entre une grenouille et un scorpion (The frog and the scorpion), il joue, non sur les mots, mais sur les mouvements et les cris pour dénoncer la bêtise, le racisme et les généralités, sans jamais mettre les points sur les i.

Ses photographies de la série « I’m afraid » sont également saisissantes. Elles renvoient à nos propres peurs tandis qu’un étrange objet, un tapis de prière en laine relié à quatre petits moteurs prend son envol. Clou de l’exposition, ce premier tapis volant du monde fait lien entre orient et occident. Et surtout il permet de décoller. « Fuir! là-bas fuir! » comme le disait le poète Mallarmé car trop souvent « Ici-bas a odeur de cuisine ».

« Corpus Delecti » Moussa Sarr. Jusqu’au 3 avril. Galerie de la Marine. 59 quai des Etats-Unis. http://www.nice.fr

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Sonia Boyce joue la musique des corps à la villa Arson

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Les situations priment sur la représentation. Et l’improvisation indique la direction. C’est même la seule façon de diriger qu’a choisi Sonia Boyce en s’installant à Nice, à la villa Arson pour travailler avec les étudiants de l’école d’arts plastiques. Toutes les séances ont été filmées et l’on peut découvrir dans la galerie carrée le fruit de cette collaboration libre, cocktail vitaminé de sons, mouvements chorégraphiés, gestes impulsifs et poses alanguies.

Il s’agit de faire lien entre le jazz-scat, ce style vocal qui prit naissance dans les plantations et bouscula l’organisation sociale en privilégiant la valeur rythmique et phonétique des syllabes, et l’héritage du mouvement avant-gardiste Dada, centenaire lui aussi. Un vaste papier peint, neuf vidéos et des dessins rendent compte de cette confrontation entre les acquis historiques et la vitalité des jeunes plasticiens. Une autre façon d’écrire l’histoire de l’art.

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L’espace est occupé par des corps qui, tels des plantes, semblent pousser sur les dalles grises de la villa Arson. L’émergence d’une vie toute neuve qui se cherche, dort ou glisse sur le béton. Dans une vidéo se succèdent les images d’une intersubjectivité en danger. Les corps tels des mannequins sont poussés, repoussés, ballottés, rejetés. Une drôle de danse rythmée, lancinante comme un trille de notes répétitives. Chez Sonia Boyce le jeu incessant entre sons, mouvements et postures signe des performances inédites dont rendent compte les installations de cette exposition captivante.

« Paper Tiger Whisky Soap Theatre (Dada Nice) ». Jusqu’au 30 avril. Villa Arson. 20 avenue Stephen Liégeard. Nice http://www.villa-arson.org

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Le choc Anselm Kiefer à Paris

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Rien, non rien, plus jamais, ne sera comme avant. Pire, comment oser, comment écrire, peindre ou sculpter après Auschwitz? Comment ne pas risquer d’enfreindre le respect dû aux victimes, les victimes gazées et celles revenues telles des ombres, pour toujours habillées de cendres? Ce n’est pas seulement difficile et risqué. Cela peut devenir abject. Qui dira l’innommable sans trébucher dans l’en-deçà  de l’horreur?

« Notre langue manque de mots pour exprimer cette insulte : la démolition d’un homme » disait Primo Levi.

Je ne pensais pas qu’il fut possible de supporter la démarche, peindre après Auschwitz et dire le vide, la stérilité des champs et de la pensée, le néant de l’humain. Pourtant il apparaît que là où la parole manque, où seul le silence a légitimité, l’art peut accéder à la transcendance. Miracle, catharsis.

Anselm Kiefer réussit à glacer notre sang sans verbiage inutile. Par la seule force d’une œuvre économe d’emphase, brutale et vraie. Il naquit en 1945, après. Il naquit dans les ruines et celles-ci, omniprésentes dans son œuvre, renvoient au passé, aux mythes, au romantisme allemand, à la culture yiddish.

FullSizeRenderCette culture a été broyée, les livres tels des amas de cendres creusent les sillons du camp dans « l’hommage à Paul Celan: fleur de cendre ». Perspective sans fin, organisation de la mort. Les ouvrages calcinés sont les seules plantes qui fleurissent sur ces rails de la destruction.

Anselm Kiefer n’en finit pas de questionner les figures du passé, les penseurs allemands, les créateurs, ceux dont on n’aurait jamais pensé qu’ils pussent devenir des monstres. L’ombre de Martin Heidegger plane. Dans son étrange cabinet de curiosités , l’artiste a mis sous verre toutes sortes d’objets, de vieilles machines, des morceaux de ferrailles rouillées, des photographies, dessins, fragments de plomb. Un univers saturnien qui évoque à sa façon « la question de la technique », ce texte marquant du philosophe qui avait, tel un visionnaire, tout compris de ce qu’il allait advenir des progrès du siècle. Mais Heidegger, immense penseur, fut un petit arriviste minable, un nazillon craintif pour sa carrière. Comment comprendre ces glissements du génie, cette chute dans  la barbarie?

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Les peintures d’Anselm Kiefer exposées au centre Pompidou donnent une représentation vivante de ce questionnement douloureux. On vacille devant l’intensité visuelle de ses œuvres, somptueuses. Les ombres passent, s’attardent, incertaines. Certains visiteurs sont pris de frisson. Une exposition qui plonge dans les abysses de l’inconscient collectif et remue les fantômes. Une rétrospective particulièrement réussie avec une soixantaine de tableaux immenses à l’image de ce vertige océanique.

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A la Bibliothèque nationale de France François Mitterand le choc se reproduit. Les livres de plomb et les installations sculpturales reprennent la thématique essentielle de ce parcours artistique qui n’en finit pas d’arpenter les sillons de l’histoire. Anselm Kiefer a conçu certaines œuvres in situ. Il a fallu des aménagements complexes pour supporter le poids d’une sculpture éphémère de plomb et de bris de verre. Ici intervient la kabbale, source d’inspiration de l’artiste.

La Kabbale qui intéresse Anselm Kiefer est celle d’Isaac Louria (1534-1572) où la Création se décline en trois phases: rétractation, brisure des vases, réparation. Trois étapes que l’on retrouve dans ses œuvres. Au fil de recherches incessantes, de méditation et de construction, l’artiste devenant démiurge dans sa tentative désespérée de dépasser l’histoire, de se mettre en chemin vers une aube nouvelle sans jamais trahir la mémoire. Oui, Anselm Kiefer participe au devoir de Mémoire tout en s’égratignant sans cesse aux barbelés de l’histoire.

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Rétrospective Anselm Kiefer. Jusqu’au 18 avril. Centre Pompidou. http://www.centrepompidou.fr

Anselm Kiefer, l’alchimie du livre. Jusqu’au 7 février. BnF François Mitterand.

Nouvel envol pour les 70 ans de l’UMAM

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L’aigle, le lion et la souris… C’est l’une des fables de Nasr-eddine Bennacer qui, avec acuité et non sans humour, interprète à sa façon l’actualité et les relations entre les hommes et civilisations. Dessin, peinture, sculpture ou installations pour dire les conflits, déjouer les rapports de force et donner à voir une certaine conception du monde. L’artiste expose ses dernières œuvres à la galerie Depardieu, à Nice, dans le cadre des 70 ans de l’UMAM (Union méditerranéenne pour l’art moderne).

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Autre univers chez Simon Couvin également sélectionné par Simone Dibo-Cohen pour célébrer cet événement. Cet artiste a choisi de travailler un matériau peu commun, le cheveu, qu’il coupe, rase, épile, coiffe, collecte, tresse, suture jusqu’à ce qu’il devienne parcelle infime d’une image advenue presque par hasard. Ses « nids de cheveux pour d’étranges oiseaux » captivent l’œil et l’oreille car chacun est relié à un casque permettant d’entendre des compositions électroacoustiques originales signées Nicolas Perrin. Chaque nid affirme ainsi son identité sonore évoquant peu ou prou le chant de volatiles imaginaires. Des recherches surprenantes donnant naissance à des compositions magiques comme cette empreinte lumineuse. Un monde, un gouffre ou une pluie d’étoiles…

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Jusqu’au 13 février. galerie Depardieu. 6 rue du docteur Guidoni. Nice http://www.galerie-depardieu.com

La danse des cétacés en Méditerranée

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Des baleines en Méditerranée, Patrice Garziglia en a rencontré beaucoup. Cet amoureux des fonds marins, passionné de photographie, nous fait partager ses émotions en présentant de superbes images à la Doberth gallery, à Nice. Les mammifères marins s’étirent dans l’écume, glissent entre des nappes d’eau cristalline, imposent leurs contours tels des sculptures vivantes. Fascinant et mystérieux. Le regard du photographe à la fois poétique et respectueux nous offre une plongée fantastique dans cet univers de toute beauté.

La galerie qui fête son premier anniversaire ouvre ses portes à cet artiste qui mêle deux passions, la mer et la photographique, et qui a publié aux éditions Gilletta un ouvrage rare « Les grands mammifères marins de la Méditerranée occidentale ». Une façon heureuse de marier arts visuels et littérature.

« Cétacéan ». Jusqu’au 31 janvier. Roberth gallery. Village Ségurane. 2 rue Antoine Gautier, Nice

Angels

 

Benoin plonge chez Grumberg: « Ça va? »

ça va copyright Philipducap

Gluant comme une sangsue qui attaque les mollets dans la jungle, poisseux comme la brume polluée des villes qui coupe les jambes. On n’en sort pas. D’un bout du monde à l’autre « ça va ?  » se décline dans toutes les langues et sur tous les tons. Il y a ceux qui refusent de répondre, ceux qui font la moue ou haussent les épaules, ceux qui friment et lancent un implacable « impeccable! »  et ceux, les plus nombreux sans doute et les plus cachés, qui ne vont jamais.

Autant dire que le thème central des petites histoires écrites par Jean-Claude Grumberg et cueillies par Daniel Benoin qui signe ici une création très originale frise l’universel. Un patchwork de situations cocasses, tout à tour désespérées ou stupides, mélancoliques ou tonitruantes. Une étoffe bigarrée avec des quiproquos, des engueulades, des colères et de grands malentendus. Un spectacle totalement inédit puisqu’il enfile des moments de vie sans autre dénominateur commun que cette platitude qui noie toute possibilité de communication vraie entre les êtres: « ça va? »

L’humour grinçant de l’auteur est servi par une mise ne scène enlevée et faussement joyeuse et par le jeu de comédiens convaincus de l’acuité de propos. Dans un moment de flagellation comique les acteurs se moquent de leur propre prestation. Quoi de plus bénéfique que cette autodérision qui colle à la peau de l’auteur autant que son identité. Rosenbaum? Rosenfeld? Grumberg? Que sais-je? Jamais un coup de théâtre ou un changement de nom n’abolira la pathologie (ou le charme…) ashkénaze, cocktail aigre-doux d’humour, de nostalgie, de doutes et de souffrances.

A la fin du spectacle l’un des comédiens s’interroge: « Faut-il l’attendre? ». Qui? Godot ou le Messie? A chacun sa réponse. Mais on nous le dit, il ne viendra pas mais il faut tout de même l’attendre. « Pourquoi? » « On ne sait jamais… »

Ceci dit, vous, n’attendez-pas! Allez découvrir cette création originale au théâtre d’Antibes!

« Ça va? » de Jean-Claude Grumberg. Mise en scène: Daniel Benoin. Avec Pierre Cassignard, François Marthouret, Eric Prat et les « invités ». Jusqu’au 14 janvier. Théâtre d’Antibes. 260 avenue Jules Grec. Tél 04 83 76 13 00 http://www.anthea-antibes.fr

ça va ? copyright Philipducap