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Une nouvelle galerie à Nice Ségurane

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Au cœur du village Ségurane, temple des antiquités, le photographe Franck Doat ouvre une nouvelle galerie destinée à présenter ses œuvres mais aussi à accueillir de jeunes artistes. Heureuse initiative qui donne un petit coup de fouet au quartier. Il avait exposé à la Dark Room. Aujourd’hui il continue à nous offrir ses regards singuliers sur des paysages, des objets, des monuments. Autant d’images inédites, inattendues, captivantes.

2, rue Antoine Gautier Nice Village Segurane
06 19 02 60 22 doberthgallery@gmail.com

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Monaco: Franck Saïssi entre chien et loup à l’Entrepôt

C05Autant le dire tout de suite, malgré ma sympathie pour cette galerie monégasque qui dévoile de jeunes talents, je n’avais pas vraiment envie d’entrer au vu de l’affiche représentant deux squelettes sur des balançoires… Certes le trait était intéressant et l’humour présent mais de combien de vanités allions-nous être une fois de plus abreuvés? C’est la question que je me posais. J’avais tort. A l’entrée une « danse » improvisée au fusain par deux jeunes filles en fleurs célébrait l’élan vital, la joie. Aussitôt, envie de descendre, de découvrir les dessins de Franck Saïssi dans cet Entrepôt situé au coeur de la Condamine, à Monaco.

Je fis bien. Cet artiste qui a surpris tout le monde en naissant en moins de trois secondes dans un pousse-pousse à Saïgon était destiné à voguer entre la nuit et le jour, entre le noir et le blanc, à la vitesse de l’éclair. Ses encres dérangent ou dérapent, c’est selon. Ironie et tendresse s’épousent. Les autoportraits nous interpellent, nous captivent. Peu ressemblants à moins qu’il ne s’agisse de radiographier l’intérieur… Entre chien et loup, Franck Saïssi se promène dans un univers assez louche pour que l’attraction opère comme un aimant. Chacun y trouvera son petit bonheur.

Jusqu’au 9 octobre. « Lever l’encre » avec Franck Saïssi. L’Entrepôt. 22 rue de Millo. Monaco. http://www.lentrepot-monaco.com

http://www.francksaissi.com

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Migrants: l’art en leur nom chez Bogéna à Saint-Paul

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Mieux que des mots. Plus loin, beaucoup plus loin dans l’émotion et la retenue. Les oeuvre de Franta exposées à la Bogéna Galerie éveillent les consciences par leur simple présence d’une force inouïe. J’ai reçu un coup de poing ou plutôt un coup au cœur. La figure du réfugié, de l’exclu, devient presque concept sans pour autant se défaire de la chair, du sang et des larmes. Cette incarnation puissante en noir et blanc interpelle sans désespérer. Car un supplément d’humanité émane de la toile. Rien, absolument rien de superflu. Lorsque j’ai rencontré l’artiste, que son œil de givre s’est posé sur mon visage, j’ai compris que ce souci de l’autre n’est pas feint. L’art sans âme devient souvent pitreries.

Ernest Pignon Ernest Chapelle St Charles III Avignon 2008 tirage argentique lambda 1 sur 6 120 x 80 cmPhoto Bogéna Galerie

Ici la salle qui célèbre « Le noir dans une itinérance de papier » est habitée. Ernest Pignon Ernest dialogue dans une proximité de pensée avec Franta. Dans ses dessins renversants les corps semblent se diluer, précipités dans le vide ou contorsionnés, désarticulés dans l’inconfort des tensions. Une autre façon de dire l’humanité échouée dan un océan d’indifférence. Migrants, vous n’apparaissez pas directement ici mais l’art s’exprime aussi en votre nom.

Quant à Monique Frydman, ses écritures sur papier de soie célèbrent les cultures du Livre. A moins que ce ne soit simplement le rapprochements des lettres dans leur diversité qui fasse signe pour une meilleure compréhension de soi et des autres.

Bogéna Galerie. Saint-Paul de Vence. http://www.bogena-galerie.com

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Le peintre talmudiste Garouste chez Maeght

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Un homme, une œuvre. Complexe, littéraire, riche de citations et lourde d’affects. La Fondation Maeght a choisi de raconter cet été l’aventure Garouste. Une aventure artistique, culturelle et, avant tout, humaine. Fils d’un homme haineux et antisémite mis en scène dans une peinture terrible, « Caved », où l’affrontement finit par faire céder l’artiste qui préfère s’effondrer plutôt que de se battre avec son géniteur, Garouste est judéophile, érudit, fou des textes, incollable sur le talmud. L’accrochage d’Olivier Kaeppelin réussit à traduire les tensions, propose une lecture électrique du parcours de cet homme qui, entre crises et psychanalyse, finit par se frayer une existence possible.

Le chemin de Gérard Garouste se profile dans ce musée qui n’en est pas un à la façon d’un peintre qui précisément a compris qu’il s’agit d’être hors du chemin pour mieux s’égarer et ainsi prendre le risque de se trouver. « En chemin » pose la question de la mobilité. Qu’est-ce qu’avancer? En art ou dans la vie l’essentiel réside dans la faculté d’être surpris et de surprendre, de dépasser son  histoire et, à cet égard, Garouste s’impose comme un maître à penser.

GAROUSTE - 2007 - Caved

On perçoit dans ses tableaux les rêves et cauchemars qui peuplent son imaginaire. Près de cent vingt oeuvres dont une vingtaine inédites pour rencontrer ses monstres, percevoir sa souffrance et son génie parvenant à la sublimer.

Cette année encore la Fondation Maeght affirme sa volonté de privilégier l’homme, l’artiste, pour mieux faire résonner ses accents singuliers, uniques. Et c’est ainsi que les plus grands artistes, depuis cinquante ans, habitent ces lieux et que la magie demeure.

J’ai été bouleversée par la soirée au cours de laquelle Julie Depardieu a lu quelques passages de « L’intranquille », le livre de Garouste, accompagnée par les musiciens de Philippe Bender. Cet « Autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou » doit être mis dans toutes les mains et, espérons-le, frapper tous les esprits. Afin que ceux qui savent, qui croient savoir et qui cultivent l’intolérance et les préjugés (en art comme ailleurs), puissent tenter un bout de chemin. Au risque de s’égarer…

Jusqu’au 29 Novembre. Fondation Maeght. Saint-Paul de Vence. Ouvert tous les jours de 10 à 18h. http://www.fondationmaeght.com

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Le jour où Francis Ponge m’a ouvert son antre

C’était un petit monsieur discret et modeste. C’était un géant. Grâce à mon ami, le photographe André Villers, j’ai pu approcher Francis Ponge. J’ai même passé plusieurs heures chez lui, à Bar-sur-Loup. Et des années plus tard, on m’a demandé de parler de lui au village. C’était émouvant. La cité du pays grassois se souvient et n’oubliera jamais. Car, « ce qui demeure, seuls les poètes le fondent ». FPONGE

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Le jour où Rostro m’a sauté au cou

Il était incroyable cet homme! Un géant au pied d’argile côté affect. Et drôle! Je me souviens d’une anecdote. Au Négresco, le palace niçois, à la veille d’un concert, le violoncelliste a failli s’étouffer de rire. Rostropovitch, à peine arrivé à l’hôtel, demanda un pupitre. « Ce soir ou immédiatement ? », s’enquit la gouvernante. « J’en ai besoin tout de suite », répondit le musicien. C’est ainsi qu’on lui apporta séance tenante un rehausseur de lit que l’on appelle également « pupitre »…

Lorsque je l’ai rencontré il m’a embrassée en toute simplicité car il avait passé un bon moment en répondant à mes questions. J’étais jeune et je découvrais combien sont accessibles les génies, les vrais. L’avenir devait me conforter dans cette opinion.

ROSTROPOVITCH