Picasso.mania, la frénésie de l’œil au Grand Palais

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L’éclectisme, ma foi, je trouve que c’est plutôt une vertu. Sauf lorsque le panorama est entravé par une vision monomaniaque des choses et de l’histoire. Cette pensée m’est venue à la sortie du Grand Palais où se tient la grande exposition hivernale de Paris, « Picasso.mania ». Un dédale de constats convenus sans distanciation possible. Rien ne sera comme avant « Les demoiselles d’Avignon », on savait. Tous les plasticiens doivent faire avec, qu’ils acceptent ou fustigent cet héritage, sans doute. Picasso est devenu un style, un mythe, un monument, presque un nom commun. Celui d’une Citroën à succès par exemple. Pour ma part, je pense à un infographiste de « Nice-Matin » que l’on avait ainsi baptisé. « Il te faut un dessin, une carte, une courbe statistique? Demande à Picasso! ».

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Trêve de galéjade, le parcours émaillé (encore!) d’une œuvre de Jeff Koons dont on se passerait volontiers et, pire, de la sculpture dérision (ou dérisoire) de Maurizio Cattelan à l’effigie du Maître, réserve tout de même quelques bonnes surprises. A l’entrée tout d’abord avec une fresque de personnages clignant des yeux, souriant et regardant en l’air qui, chacun à son tour, dit quelques mots sur Picasso. Un mur de vidéos, de courtes interviews d’artistes contemporains réalisées par la petite fille du maître, Diana Widmaier-Picasso. On apprend ainsi qu’Agnès Varda aurait bien pu tomber amoureuse de Picasso si elle l’avait rencontré…

Côté cinéma c’est d’ailleurs plutôt réussi. L’exposition montre les citations que réalisateurs, chorégraphes, vidéastes doivent à l’inventeur du cubisme. Jean-Luc Godard et Orson Welles ont rendu hommage à l’œuvre du peintre espagnol mais bien d’autres, sans en être forcément conscients, puisent chez lui des images, des lignes, un foisonnement, une façon de déformer le réel pour mieux le révéler. Et ici, lorsque « Picasso crève l’écran », Frank Stella promène ses tubes d’acier et ses tiges transparentes dans la salle obscure. Magique.

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« Guernica, icône politique », voici une autre étape dont on ne sort pas indemne. L’œuvre dit superbement non au fascisme en 1937 et, dans son sillage, le film « Guernica » réalisé en 1978 par Emir Kusturica exprime avec une intense émotion les maux qui en découlent.

Bien d’autres salles, dont celle consacrée à Jasper Johns dont on admire les « Quatre saisons » nourries d’ingrédients cueillis dans les peintures de Picasso, attendent le visiteur dont l’œil frénétiquement tente de capter toutes ces énergies qui s’entremêlent et parfois se combattent. Et, au bout du compte, on quitte cette exposition en faisant sienne la formule du peintre Vincent Corpet: « On ne pense pas Picasso, on le subit ».

Jusqu’au 29 février 2016. Galeries nationales du Grand Palais. Paris. http://www.grandpalais.fr

 

 

 

 

 

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